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Entretien avec Abdoul Mbaye : «Boun et Mbaye Ndiaye ont exprimé la volonté de leur chef»
Publié le mardi 3 mars 2020  |  Le Quotidien
Cérémonie
© aDakar.com par MC
Cérémonie de présentation de l`ouvrage collectif: ``Politisez-vous``
Dakar, le 24 août 2017 - L`ouvrage collectif intitulé "Politisez-vous" a été présenté, cet après-midi, à Dakar. La cérémonie de présentation s`est déroulée dans les locaux de la maison d`édition l`Harmattan et s`est faite en présence de plusieurs acteurs politiques. Photo: Abdoul Mbaye, ancien Premier ministre
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Abdoul Mbaye est formel : Macky lance des ballons de sonde en envoyant Boun Dionne et Mbaye Ndiaye théoriser un éventuel 3ème mandat. L’an­cien Premier ministre estime que les Séné­galais ont affaire à un «Président rusé et qui croit pouvoir tout avoir par la ruse». Dans cet entretien réalisé dans sa permanence, à Yoff, le président de l’Alliance pour la citoyenneté et le travail alerte sur la situation économique. «Le Sénégal est un pays surendetté» et «la Sar, une bombe pour les finances publiques», dénonce celui qui est par ailleurs «révolté» par la situation de Guy Marius Sagna.

En 3 jours, Mahammed Boun Abdallah Dionne et Mbaye Ndiaye ont théorisé l’idée d’un 3ème mandat. L’Apr est-elle en train de préparer le terrain à Macky Sall ?
On va voir ce qui va se passer dans les jours qui viennent puisqu’on a assisté à un spectacle. Chaque fois que quelqu’un évoquait l’impossibilité du 3ème mandat, Macky Sall le débarquait. Aujourd’hui, des gens qui lui sont proches sont en train de théoriser le contraire. On va voir le sort que Macky Sall va leur réserver. S’il les débarque, il reste dans sa logique en disant : «Travail­lons et après on verra à la fin du mandat.» S’il ne le fait pas, cela veut dire qu’il est en train de préparer un coup fourré. C’est regrettable et nous n’accepterons pas ce recul de la démocratie. Le Peuple du 23 juin est toujours là. Je ne vois pas Mahammed Boun Abdal­lah Dionne et Mbaye Ndiaye donner des opinions personnelles sans s’abreuver des paroles de leur maître Macky Sall. Ils expriment donc la volonté de leur chef.

Pensez-vous que c’est Macky Sall qui est derrière ces propos ?
Jusqu’à preuve que je constate qu’il les débarque comme il l’a fait avec ceux qui se sont ex­pri­més sur le troisième mandat.

Plaidez-vous pour que le Président Macky Sall sanctionne comme il l’a fait contre Sory Kaba et Moustapha Diakhaté ?
Je suis pour le respect de la logique. Quand on reproche à un haut fonctionnaire de la qualité de Sory Kaba, on doit procéder à ce même désaveu public ceux qui s’expriment sur le même sujet. Mais si on se contente de sanctionner quand on évoque l’impossibilité de faire un 3ème mandat tout en gardant ceux qui soutiennent le contraire, c’est parce que la deuxième volonté est réelle. C’est très regrettable parce qu’un 3ème mandat va plonger non seulement la démocratie, mais le Sénégal dans une période de tensions et de protestations.

Le Président se dit peut-être que l’opposition ne peut pas mobiliser le Peuple depuis 2012…
Je suis d’accord avec vous. Macky Sall est le genre de personnes qui ne se soucient pas de principes, de règles d’éthique. C’est un Président rusé et qui croit qu’il peut tout avoir par la ruse. Il se contente de tenter et si ça marche, il continue dans le sens de ses intérêts personnels. Il est exact que l’opposition n’a pas été jusqu’à présent en mesure de contrer tous les actes qui ont été posés par le président de la Répu­bli­que. L’opposition a sa part de responsabilité, mais les citoyens aussi doivent arrêter Macky Sall. Je disais à un ami qu’au Sénégal et en Afrique de façon générale, les dirigeants se soucient d’abord d’entretenir les populations dans la pauvreté. Cela a un avantage : quand vous êtes totalement pris par la vie au quotidien, vous ne vous souciez plus du reste. Vous êtes absent quand on vous appelle à manifester parce que vous avez les soucis de votre pitance quotidienne. Vous devenez facile à acheter à la veille d’une élection. Il faut que les Sénégalais se réveillent et l’opposition en a une part de responsabilité.

Est-ce que vous participez au dialogue national ?
Au niveau du Congrès de la renaissance démocratique, nous sommes pour le dialogue. Nous avons des représentants au niveau du dialogue politique. Pour le reste, au regard des précédents commis par Macky Sall, parce que c’est quand même le 3ème dialogue qu’il institue, nous ne participons pas à cette mascarade. On n’a pas confiance en ce monsieur. Son objectif est de nous distraire et de faire une démarche qu’il a d’ailleurs commencée. Il a révisé la Constitution pour éliminer le poste de Premier ministre. On reçoit des ballons de sonde sur le Statut spécial de Dakar et sur le troisièmement mandat.

Pensez-vous que le projet du dialogue national c’est de diviser l’opposition ?
Le premier, c’était d’arrêter la contestation de cette élection présidentielle plus que contestable. On a fait un rapport dans le cadre de la coalition Idy2019. On a fait des conclusions sur l’organisation de cette élection et ce qui a permis à Macky Sall de se faire réélire. Il était important de se faire accepter par le Président, de faire cesser la contestation et de neutraliser l’opposition en déroulant son propre plan. Macky Sall déroule son plan tandis que l’opposition est distraite.

L’opposition justement propose dans le cadre du dialogue politique l’amnistie pour Khalifa Sall et Karim Wade. Est-ce que vous souscrivez à cela ?
Ecoutez, la justice doit reposer sur un principe : l’égalité pour tous. En mettant cela sur le compte et sur la capacité de ruse du Président, c’est qu’on se mette à la recherche d’une amnistie à caractère généralisé qui met à l’abri tous ceux qui ont réalisé des choses répréhensibles et qui pourraient être poursuivis demain. C’est ça le problème. Est-ce qu’on peut faire une amnistie qui pourrait ne pas épargner Aliou Sall et Frank Timis et Cie ? Est-ce que l’objectif de l’amnistie n’est pas justement pour permettre à d’autres qui vont vers des condamnations de s’en sortir ? S’il y a des cas particuliers à régler, il faut peut-être faire recours à la grâce. Mais je ne vois pas ce que vient faire ce débat sur l’amnistie dans un dialogue politique. Je suis convaincu qu’il y a derrière de la ruse pour aller vers un texte à caractère général qui permettrait à toute une classe politique qui doit rendre des comptes de s’en sortir indemne.

De la ruse venant de qui ? C’est l’opposition qui émet cette idée…
Quelle opposition ?
Celle présente au dialogue…
En tout cas, on appelle les Sénégalais à la vigilance. S’il faut limiter l’amnistie à des personnes, que l’on recourt à la grâce. S’il faut des lois d’amnistie à caractère général, nous disons non. Nous disons que c’est de la prime au vol, à la prévarication et aux détournements de deniers publics.

Vous êtes contre une amnistie pour Khalifa Sall et Karim Wade ?
Je m’en tiens à ce que je vous ai dit.

Comprenez-vous le cardinal Théodore Adrien Sarr qui se dit préoccupé par le sort de Guy Marius Sagna ?
Je suis révolté par la manière dont fonctionnent notre démocratie et notre justice. Je considère que la justice est un pilier de la démocratie. Nous avons des Tribunaux qui fonctionnent, mais la part de l’Etat à travers le Parquet conduit à des situations inacceptables d’injustice. Cela conduit à une justice inégale. Il est inadmissible, dans le cas de Guy Marius Sagna, qu’on lui refuse la liberté et que ses autres compagnons soient libres. Qu’est-ce que son maintien en prison peut apporter à la justice ? Il est manifeste que nous sommes dans le cadre d’une sanction particularisée. Ce que je vis très difficilement, c’est la pratique de la lâcheté du régime actuel. On identifie dans un groupe celui qui bénéficie le moins de soutien, a priori le plus faible, et on s’acharne sur lui. Qu’est-ce que Guy fait dans un lieu de détention pour des condamnés ? Il faut arrêter. On a l’impression de tout contrôler parce que les manifestations ne sont pas énormes, mais ce sont des gouttes d’eau qui peuvent faire déborder le vase.

Etes-vous en train de donner raison à Barthé­le­my Dias selon qui Guy Ma­rius Sagna est en prison parce qu’il est chrétien ?
Ce que je constate, c’est que Guy Marius Sagna est un activiste et il est isolé. Il ne pourra jamais prétendre à des soutiens forts de la part de khalifes. Par contre, je suis content de la sortie du cardinal Sarr qui intervient en faisant recours à des principes. Il a rappelé qu’ils étaient plusieurs et que seul Guy Marius Sagna reste en prison. Barthélemy a sa façon de voir, mais au moins on se rejoint sur un point : Guy Marius est en prison parce qu’il ne bénéficie pas de soutiens forts.

La religion a-t-elle sa place dans le débat politique ?
En tout cas, on souhaite qu’il ne soit pas fait de place à la religion dans la marche de la justice. Il faut que la justice marche indépendamment des desiderata du pouvoir politique. Je ne pense pas qu’on ait choisi Guy Marius pour le mettre en prison parce qu’il est catholique, mais parce qu’il est le plus faible. Il appartient à une communauté minoritaire. Le régime ne traite plus le cas Guy Marius Sagna en se basant sur des faits, il essaie de lui donner une leçon. C’est lâche. Juste parce qu’il a osé dire non. Khalifa Sall a subi le même sort parce qu’il a voulu se présenter contre Macky Sall. Abdoul Mbaye aussi, on lui a trouvé le procès qu’il fallait parce qu’il a dit non à Macky Sall. C’est une attitude déplorable et constante chez eux.

Que pensez-vous du débat sur un statut spécial pour Dakar ?
Je suis totalement contre, même si on tente de limiter ce ballon de sonde au niveau de la présidente du Hcct. Je sais au moins une chose : le Président Macky Sall ne peut pas tolérer les fortes personnalités à ses côtés. Un maire de Dakar élu de l’opposition ou de son parti, il ne le tolèrerait pas. Une forte personnalité gêne Macky Sall et dans le cadre du maire de Dakar, il le vivrait très mal. Soit c’est Macky Sall qui est derrière soit des gens de son camp cherchent à lui faire plaisir. La décentralisation ne doit pas être remise en cause.

Les défenseurs de ce statut spécial évoquent la dualité qui pourrait exister entre le président de la République et le maire de Dakar. Cet argument est-il convainquant ?
Il n’y a pas de dualité. Il suffit d’une correcte répartition des compétences et que celle-ci existe. Cela dit, elle peut être revue dans un sens ou dans un autre sur les écoles primaires, les rues… Si la répartition des compétences existe, on ne peut pas empêcher Dakar d’avoir un maire brillant qui développe la ville de manière satisfaisante pour ses administrés. C’est une bonne chose pour Dakar et le Sénégal. Je ne vois pas pourquoi on serait tout de suite dans une situation de dualité. Le maire de Dakar n’a pas à être dépendant du président de la République. Ce sont des pou­voirs différents. A chacun sa compétence et que le Séné­gal avance. Dakar a besoin d’une maire qui s’en occupe bien.
Une mairie qui peine à faire des réalisations malgré près de 60 milliards de budget par an depuis 2014…
Est-ce que cela ne concerne pas toutes les mairies du Sénégal ? Quand vous avez une trésorerie qui dépend du bon vouloir de l’Etat central, ne serait-ce que là, il y a problème. On a une réflexion à avoir sur la décentralisation. Je ne vois pas pourquoi on devrait singulariser Dakar et oublier les autres villes. Soit la décentralisation ne marche pas ou le contraire. La gestion «tout Etat» ne peut pas fonctionner parce que l’Etat n’a pas prouvé qu’il était plus compétent que les mairies avec des moyens. Il n’a pas créé de développement. Nous devons revoir les procédures de disposition de moyens aux mairies. Pourquoi lorsque Khalifa Sall a voulu faire un emprunt obligataire l’Etat lui est tombé dessus ? Dans les pays avec une réelle décentralisation, cela ne pose aucun problème. L’Acte 3 avec la communalisation intégrale, le régime s’en glorifie, mais c’est une tendance à toujours être dans la politique pure. Aujourd’hui, je me demande si l’ambition n’était pas uniquement d’avoir des maires recevant un petit salaire pour contrôler l’électorat. Quand vous avez un chef politicien rusé de la trempe de Macky Sall, c’est ça qu’il recherche.

Dans l’économie, la dette du Sénégal est passée de niveau faible à modéré, selon le Fmi. Quelle lecture en faites-vous ?
Le Fmi, avec ses critères, ses notes, ses paliers, je ne crois pas du tout à ça. Ce sont juste des signaux d’alerte. Cela veut dire que le Sénégal est passé à un autre stade et donc on lui dit : «Faites encore plus attention !» Il y a le message du dépassement de la norme. Cela veut dire attention il y a 70% à ne pas dépasser. Le Sénégal a déjà a dépassé les 60%. Le Sénégal est en situation de surendettement parce que les autorités ne sont plus libres de conduire la politique économique qu’elles souhaitent. Le Sénégal ne peut plus mettre en œuvre le Pse. Dans ce plan, il y a des projets et des fondamentaux qui ont été définis. Le premier de ces fondamentaux est comment régler la question de l’énergie par une baisse du prix de celle-ci. Vous ne pouvez pas entrer en situation d’émergence si vous n’avez pas une énergie compétitive. Ce n’est pas le cas pour le Sénégal. En lieu et place de cela, on augmente le prix de l’énergie. Cela veut dire que vous aggravez la situation qui n’était même pas suffisante pour vous permettre d’entrer en situation d’émergence. Le Sénégal n’est plus maître de sa stratégie. Vous le faites parce que la Banque mondiale et le Fmi vous le demandent, parce que vous devez réduire votre déficit budgétaire, votre balance de paiement extérieur. Ce sont des constats statistiques qui sont faits. Vous le faites enfin parce que c’est la conséquence d’un endettement excessif. Vous le faites parce que le Fmi se soucie d’abord du respect de vos engagements internationaux, c’est-à-dire respecter le remboursement. Les priorités du régime actuel sont inversées.

Pourtant, le Fmi dit que la dette du Sénégal est soutenable…
Ils peuvent le dire quand une bonne partie de nos ressources sert au remboursement de la dette. Regarder l’augmentation du prix de l’électricité ! On augmente le prix de l’essence et du gasoil, les droits de douane, tous les prix qui entrent au Sénégal, des denrées. Où est la productivité nécessaire à l’émergence ? Le Fmi aujourd’hui dit au Sénégal : «Payez la dette et renoncez au reste !» Quand le régime dit que cela ne peut pas empêcher la hausse de la croissance à 8%, c’est faux, inexact et impossible.

Vous ne croyez pas aux projections du gouvernement qui table sur une croissance à 8% à l’horizon 2022 ?
On verra bien. Ils ont dit 1 million 400 mille tonnes d’arachide. Tout le monde reconnaît que c’est un mensonge. Aujourd’hui, ceux qui achètent les graines savent que c’est du mensonge. Au niveau de quel vécu par le citoyen constatez-vous que des taux de croissance vous placent à la tête du monde ? On est dans une société de mensonge économique et vous avez des complicités parce que dénoncer cette situation pourrait créer beaucoup de choses.

Y a-t-il un lien entre la situation que vous dressez avec celle de la Sar ?
J’ai écrit plusieurs pages sur le problème de la Sar dans un livre qui s’appelle Servir. Il y a d’abord une grosse erreur au plus haut niveau sur la Sar. On considère la Sar comme une structure stratégique. C’est faux. C’est la fourniture de produits pétroliers au Sénégal sans rupture et au meilleur coût qui est stratégique. La Sar, depuis notamment qu’elle a signé cette convention scandaleuse avec le groupe Ben Laden, est une bombe qui fait souffrir les finances publiques. Vous avez des raffineries qui font 70 fois la Sar. Vous avez un scandale à l’intérieur de la Sar dans le cadre d’un contrat qui a été signé par Samuel Sarr sur instruction, mais qui fait donner à la Sar une sorte de parrain à ceux qui en profitent des sommes qui, sur la durée, auraient permis de construire deux autres Sar ailleurs. A l’époque où j’étais Premier ministre, j’ai fait un diagnostic et j’ai ouvert des perspectives. Mais je ne suis pas resté pour les mettre en œuvre. Je suis cela de très loin. On a un gros problème avec la Sar. C’est une structure trop petite qui était hors de Dakar. Aujourd’hui, elle est dans Dakar. C’est quand même une raffinerie et présente des risques considérables. Ce n’est pas une structure dont la productivité est reconnue. Au contraire, cela coûte cher et très cher. Et vous avez une organisation qui s’est mise en place et qui utilise la Sar comme un moyen d’enrichissement pour certains personnages. Là, j’en appelle aux journalistes d’investigation d’aller enquêter sur la Sar.
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