Accueil    MonKiosk.com    Sports    Business    News    Annonces    Femmes    Nécrologie    Publicité
NEWS
Comment

Accueil
News
Société
Article
Société

Felwine Sarr : "Le sabre est bel et bien restitué au Sénégal et ne retournera pas en France"
Publié le lundi 18 novembre 2019  |  Seneweb.com
Cérémonie
© aDakar.com par MC
Cérémonie de présentation de l`ouvrage collectif: ``Politisez-vous``
Dakar, le 24 août 2017 - L`ouvrage collectif intitulé "Politisez-vous" a été présenté, cet après-midi, à Dakar. La cérémonie de présentation s`est déroulée dans les locaux de la maison d`édition l`Harmattan et s`est faite en présence de plusieurs acteurs politiques. Photo: Felwine Sarr, économiste, écrivain, enseignant à l`UGB
Comment


La chaîne française Rfi a gâché la symbolique de la cérémonie de restitution du sabre d’El Hadji Oumar Tall au Sénégal en mentionnant dans un compte rendu que : "le sabre est pour l’heure prêté au musée des civilisations noires de Dakar, en attendant un vote des députés français pour autoriser la restitution définitive".

Dans un post sur sa page Facebook, le co-auteur du rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain, Felwine Sarr, a tenu à rétablir la vérité. Non sans critiquer la communication du Premier ministre français Édouard Philippe qui, selon lui, n’a pas été à la hauteur de l’événement. Voici son post:

Le Sabre de El Hadj Oumar Tall a été restitué cette après-midi lors d’une belle cérémonie à la présidence de la République du Sénégal. La famille Oumarienne était présente et ses composantes des autres régions d’Afrique ont fait le déplacement du Nigeria (l’émir du Sokoto), du Niger, du Mali, etc.

Le discours de leur représentant était d’une grande dignité. Il a indiqué les manuscrits (517) et autres objets de El Hadj Omar qui étaient encore dans les musées français et qui devaient être à leur tour restitués. Celui du premier ministre français n’était pas à la hauteur des enjeux. Ce dernier a commencé par des considérations sur son amour des sabres, sur son sabre d’officier qui ne le quitte jamais (où est le lien ?) etc. Il a également tenu à aborder les autres dimensions de sa visite au Sénégal (sécurité, entreprenariat, etc.). Un mélange des genres et sujets qui a réduit à la solennité de son propos.

Le discours du PR du Sénégal était d’une grande qualité. Il est revenu sur les multiples dimensions du saint, érudit, résistant, sur son œuvre autant théologique, spirituelle que son combat contre la pénétration coloniale. Sur la symbolique de la restitution et sur les œuvres qui restaient à nous être rendues. La musique des forces armées a interprété Taara. Le sabre fut remis par Edouard Phillipe au Président du Sénégal qui l’a remis à la famille Oumarienne qui à son tour l’a remis au Directeur du Musée des Civilisations noires. Belle réponse à la question à qui rendre ? Un petit point sur le dépôt à long terme. Le sabre est bel est bien restitué au Sénégal.

Vu que pour l’heure la loi française ne permet pas de restitutions, l’instrument juridique qui permet de restituer de facto (dans les faits) est le dépôt à long terme, renouvelable. Celui-ci a été utilisé pour la restitution des manuscrits coréens et d’autres restitutions que la France a effectuées et ces objets restitués ne sont jamais retournés en France et n’ont pas vocation à l’être.

Si la loi est modifiée d’ici le terme des 5 ans. All is fine. Si elle ne l’est pas, le dépôt sera renouvelé autant de fois que nécessaire. Le débat n’est donc pas sur ce point, à mon avis. Le Sabre ne retournera pas en France. Il est sur les restitutions à venir et sur le fait que le Sénégal doit établir une liste exhaustive (en sus du sabre) d’objets (2200 numéros d’inventaire au Quai Branly) et demander leur restitution à la France, d’autant plus que le décret instituant la commission qui doit travailler dessus vient d’être signé.

C’est un début encourageant, cependant le combat doit continuer, les pays Africains doivent formuler des demandes de restitutions, liste d’objets à l’appui, adressées à la France, d’autant que les inventaires sont faits. Afin que cette dernière (la France) ne vienne pas dire un jour : " J’étais prête à restituer, mais les Africains n’ont pas fait de demandes ».

Felwine Sarr
Commentaires