Accueil    MonKiosk.com    Sports    Business    News    Femmes    Pratique    Senegal    Publicité
NEWS
Comment

Accueil
News
Santé
Article




  Sondage



 Nous suivre

Nos réseaux sociaux



 Autres articles


Comment

Santé

Le Sénégal décrète l’alerte « Gaïndé » contre le virus Ebola
Publié le dimanche 6 avril 2014   |  Le Temoin


Les
© AFP par MSF
Les Médecins Sans Frontières mettent ​​en place l`équipement de protection contre le virus de la fièvre d`Ebola


 Vos outils




 Vidéos

 Dans le dossier

La Guinée est frappée par une épidémie de fièvre hémorragique virale, appelée Ebola. En effet, depuis le mois de janvier, 122 cas dont 78 décès ont été enregistrés dans ce pays situé au Sud du Sénégal. L’épidémie s’est étendue aux pays voisins et notamment au Libéria et en Sierra Léone. Dans le premier pays, huit cas ont été enregistrés faisant six morts au Libéria tandis que dans le second, il y a eu six cas et cinq décès. Mais le plus inquiétant pour notre pays, c’est que la maladie a gagné la capitale guinéenne, Conakry, qui n’est pas très éloignée de nos frontières. C’est ce qui explique d’ailleurs que, par principe de précaution, le Sénégal a fermé ses frontières terrestres à Kolda et Kédougou notamment. Désormais, en principe, plus aucun voyageur ne peut quitter le territoire national et pénétrer en Guinée et vice-versa.

D’une manière générale, d’ailleurs, c’est toute l'Afrique de l'Ouest qui s'inquiète et qui met en place partout des contrôles sanitaires. Réunis en Côte d’Ivoire en fin de semaine dernière, les Etats membres de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) ont sonné la mobilisation générale. Le Sénégal, par exemple, qui se prépare à toutes les éventualités a pris une batterie de mesures allant de la prévention à la prise en charge des malades en passant par la fermeture de ses frontières. Le renforcement de la surveillance épidémiologique sur toute l’étendue du territoire et du contrôle sanitaire aux frontières maritimes, aériennes, et terrestres et la tenue de réunions avec les autorités portuaires et aéroportuaires ont été préconisés.

De nouveaux cas d'Ebola ont été confirmés dimanche en Guinée où des équipes locales et internationales demeuraient mobilisées pour arrêter la progression de l'épidémie de fièvre hémorragique virale ayant fait depuis janvier 78 morts, le dernier bilan officiel. Au total, « 122 cas suspects de fièvre hémorragique virale dont 78 décès » ont été enregistrés jusqu'à samedi en Guinée, « soit un taux de létalité de 64% », selon un bulletin sur la situation épidémiologique du ministère guinéen de la santé. Le précédent bilan était de 111 cas, incluant 70 décès.

D'après les derniers chiffres officiels, sur plusieurs échantillons de cas de fièvre examinés, 22 se sont révélés positifs au virus Ebola, soit trois de plus que précédemment. La moitié des cas d'Ebola concerne Conakry, la capitale. Avant l’apparition du virus dans la capitale guinéenne, les zones les plus touchées étaient le sud du pays, en Guinée Forestière, considéré comme le foyer de l'épidémie, particulièrement Guéckédou (51 décès sur 73 cas) et Macenta (12 décès sur 22 cas). Cette région de Guinée Forestière est frontalière de la Sierra Léone et du Libéria, ce qui explique la propagation de l’épidémie dans ces deux pays anglophones. La fièvre hémorragique est aussi apparue à Dabola (centre), avec un cas mortel dont l'origine n'est pas déterminée.

« Nous avons pris des mesures strictes pour stopper cette épidémie et il n'y a aucune raison de paniquer », a rassuré Albert Damantang Camara, le porte-parole du gouvernement guinéen. Sur le terrain, la Guinée et ses partenaires, dont l'Organisation mondiale de la Santé (Oms) et Médecins sans frontières (Msf), poursuivent leurs efforts pour enrayer la propagation de l'épidémie de fièvre hémorragique virale, particulièrement le virus Ebola, hautement contagieux, mortel et contre lequel il n'existe ni vaccin, ni traitement. Des milliers de personnes sont désormais terrées chez elles. Les mauvaises conditions d’hygiène consécutives au manque d’eau et d’électricité dans la plupart des quartiers font craindre que cette épidémie ne se transforme en crise majeure. Une vaste campagne de sensibilisation a été même déclenchée dans cette localité.

En outre, tous les rassemblements publics ont été interdits par les autorités, pour éviter toute propagation de masse. C’est ainsi que le grand concert de musique que devait animer le week-end dernier, dans la capitale guinéenne, notre compatriote Youssou Ndour pour le compte de l’opérateur Orange, a été annulé. Et ce alors que le leader du « Super Etoile » et son orchestre au grand complet se trouvaient déjà à Conakry.

Pour en revenir à notre pays, contrairement aux « informations » rapportées par des médias sociaux, aucun cas suspect ou confirmé n’a été mis en évidence par les services sanitaires, y compris par l’Institut Pasteur. « Il importe de préciser qu’aucun cas suspect ou confirmé concernant l’épidémie à virus Ebola n’est signalé au Sénégal », a démenti avec vigueur le ministre de la Santé, le Pr Eva Marie Coll Seck. « Pour l’instant, la principale préoccupation est la menace des pays situés du côté de la frontière sud de la Guinée », a-t-elle confié.

Il est à noter que notre pays, sur le plan du diagnostic, a des avantages avec l’Institut Pasteur qui dispose d’un laboratoire de niveau 3 capable de faire les mêmes analyses que celles réalisées par les laboratoires des pays développés. « Nous avons un laboratoire de niveau 3 permettant de faire des analyses virologiques et sérologiques dans des conditions requises de sécurité pour mettre en évidence le virus », assure l’administrateur général de l’Institut Pasteur de Dakar, André Spiegel.

Mieux valant prévenir que guérir, les autorités sanitaires nationales ont pris les devants pour parer à la menace. La fermeture des frontières sud, la suspension temporaire des marchés hebdomadaires, la distribution de kits individuels, l’alerte sonnée au niveau de tous les postes sanitaires du pays où un dispositif de surveillance épidémiologique renforcée a été mis en place, l’aménagement et l’équipement de salles d’isolation au niveau de certaines structures sanitaires… font partie du dispositif de combat mis en place.

En outre, le ministre de la Santé et de l’Action sociale a fait savoir qu’un fonds de gestion des épidémies d’un montant de 145 millions de francs Cfa a été dégagé pour renforcer les moyens de lutte déjà disponibles et éviter la propagation au Sénégal du virus Ebola. En plus des fonds dégagés, elle a fait comprendre qu’il y a une surveillance épidémiologique sur l’étendue du territoire national avec un accent particulier au niveau des frontières sud, du port et de l’aéroport avec une remontée régulière et quotidienne des informations relatives à tout cas suspect. Bref, comme l’affirme le Pr Eva Marie Coll Seck, le Sénégal a « mis en place une batterie de mesures pour barrer la route à la fièvre hémorragique Ebola qui est une maladie virale aiguë qui se transmet par contact direct avec le sang, les liquides biologiques ou les tissus des sujets infectés ».

Comme pour confirmer ses propos, la direction des ADS (Aéroports du Sénégal) informe qu’une salle d’isolement a été aménagée à la sortie de l’aéroport de Dakar, avec une remontée quotidienne des informations si jamais un cas devait être suspecté. Sur place, des médecins consultent les passagers provenant de Conakry. Le ministère de l’Intérieur, à travers les gouverneurs et les préfets, a, quant à lui, la charge de veiller à l’application de certaines mesures. « Il y a aussi la mobilisation, sur instruction du ministre de l’Intérieur, de l’ensemble des gouverneurs et préfets, en vue de prendre toutes les dispositions adéquates comme la création et la réactivation des comités régionaux et départementaux de lutte contre les épidémies, la tenue des comités de développement dans les régions… », a informé le professeur Eva Marie Coll Seck. Ce qui fait qu’aujourd’hui, notre pays, voisin de la Guinée, et suite aux quatre arrêtés sortis, a fermé, samedi dernier, ses frontières terrestres avec ce pays « attaqué » par Ebola. La mesure concerne les points de passage dans les régions de Kolda (sud) et Kédougou (sud-est).

Deux zones, en temps normal, très fréquentées par des commerçants et forains, surtout durant un marché hebdomadaire rassemblant des milliers de personnes des deux pays et d'autres Etats voisins. "Il s'agit d'une mesure de prévention qui est prise à titre provisoire", précise le gouverneur de Kolda. Il a également été procédé à "la suspension de l'organisation des marchés hebdomadaires pour limiter les flux migratoires des population. C'est notamment le cas du marché de Diaobé qui voit, chaque semaine, affluer des milliers de commerçants de la Guinée, de la Gambie et de la Guinée-Bissau ». Reste pour le moment en suspens le cas du « Daaka » de Médina Gounass, gigantesque rassemblement religieux annuel se tenant dans cette localité des environs de Kolda. Des pèlerins en provenance de toute la sous-région y prennent part. Ce rassemblement va-t-il être maintenu compte tenu de la situation sanitaire qui prévaut en Guinée ? La balle est dans le camp des autorités.

Le gouvernement et ses partenaires ont donc décidé de miser sur la prévention. La chaîne de prise en charge semble ainsi bien maîtrisée au Sénégal. Notre pays a déjà répertorié des salles d’isolement dans les régions sud et des structures sanitaires qui seront en première ligne. Du moins si l’on en croit le directeur de la Santé, le docteur Aliou Ndiaye, qui confie que les éventuels malades et ceux qui « rendraient l’âme », seront transportés par l’équipe du Service d’assistance médicale d’urgence (Samu national). L’équipe du Samu national, dira-t-il, sera déployée à l’intérieur du pays pour transporter les malades.

Le traitement se fera dans les hôpitaux Le Dantec et Fann. En cas de décès, ce sont les agents de services d’hygiène qui s’occuperont des rites liés à l’enterrement, car c’est aussi un moment de transmission du virus. Et Eva Marie Coll Seck de confirmer. « Nous avons identifié des salles d’isolement provisoires des cas suspects. Nous avons aussi recommandé le traçage et l’identification de tous les cas suspects et ou des contacts en provenance des pays où des cas ont été déclarés ». Un plan de riposte élaboré et adapté au contexte de l’épidémie d’Ebola dans cinq domaines d’intervention, à savoir les activités de surveillance et de laboratoire, le triage des soins des patients, les mesures de contrôle des infections, la santé mentale, les soins massifs et les logistiques, a été mis en place.

En plus des 900 kits destinés aux structures stratégiques, l’Organisation mondiale de la Santé (Oms) va doter notre paysde masques mais aussi de lunettes et de produits désinfectants pour le personnel de santé et les techniciens en charge de la désinfection et l’entretien des navires et des aéronefs. Soit, en tout, 5.000 kits de protection individuelle. Beaucoup de kits ont d’ailleurs déjà été pré-positionnés dans des régions. Leur nombre va être augmenté en cas d’épidémie, promet la représentante-résidente de l’Unicef au Sénégal, Mme Giovanna Barberis.

En attendant, et histoire de veiller au grain, le Comité national de gestion des épidémies (Cnge), composé des services des ministères de l’Intérieur, des Forces armées, de l’Elevage, de la Pêche et des Transports terrestres, se réunit deux fois par semaine. Ce, pour le partage, en temps réel, des informations en provenance des pays frappés par le virus d'Ebola. Comme pour l’Armée, dont le niveau d’alerte maximale est l’ « alerte Gaïndé », on peut donc dire que le Sénégal est aussi en « alerte Gaïndé » pour combattre le virus Ebola. Lequel n’a qu’à bien se tenir !

Maïmouna Faye

 Commentaires