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Enquête Plus N° 733 du 22/11/2013

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La face cachée de la première banque du Sénégal
Publié le samedi 23 novembre 2013   |  Enquête Plus




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Depuis novembre 2007, date à laquelle le groupe marocain Attijariwafa bank a amorcé l'acquisition de 79,15% du capital de la Compagnie bancaire de l'Afrique de occidentale (CBAO), le temps est resté plutôt clément. Six ans après, les premiers signes de malaise commencent à se faire sentir. Et les codes ne sont pas faciles à décrypter...

De visu, elle est l'une des plus grandes banques africaines avec des performances notables. Ce n'est pas un fruit du hasard si Attajariwafa Bank occupe une des premières places des banques africaines les plus solides. Sous nos cieux, ce groupe, fusion de la Compagnie bancaire de l'Afrique Occidentale (Cbao) et de la Banque sénégalo-tunisienne (Bst), garde de bons atours. Elle est de loin la première banque comme les chiffres le montrent à souhait. Le classement des banques pour l'année 2012 est édifiant à ce titre. Un total bilan de 640 milliards de francs Cfa et 49 miliards de chiffre d'affaires. CBAO est cependant talonnée par des banques comme la Banque régionale des marchés (BRM), la Banque islamique du Sénégal (BIS) et UBA, qui affichent des résultats nets intéressants. Là où la banque marocaine fait 9,125 milliards, ses suivantes dans l'ordre décroissant font 4,5 milliards, 4,3 milliards et 4,02 milliards de francs Cfa.

Mais CBAO ne se signale pas que sur le registre de la performance. Selon des informations qui nous reviennent, elle est assimilée à une véritable machine à fabriquer de la frustration au moment où le dynamisme de la coopération entre le Sénégal et le Maroc est saluée de part et d'autre.

Au Royaume des frustrations...

L'institution financière aurait atteint le summum du mécontentement de son personnel, quoique d'autres établissements financiers traversent, dans notre pays, des difficultés dans leur vie interne. A CBAO - Attijari Bank, c'est actuellement, ''le sauve-qui-peut''. La raison : un climat de travail délétère teinté d'injustice et de favoritisme depuis que les Marocains ont acquis la majorité du capital. Ils n'auraient aucune considération pour leurs collègues sénégalais qu'ils traitent avec condescendance. Pis, c'est à une sorte de ''marocanisation'' progressive de la société qu'on assiste. Les faits semblent le conforter. Des postes-clefs comme celui de Directeur général adjoint, qui étaient gérés par des Sénégalais sont revenus à des Marocains.

C'est en effet dans la plus grande discrétion qu'Anta Dioum qui cumulait son poste de Dga avec celui de chargée de la Clientèle a dû laisser la place à Aly Khaïry qui a gagné la réputation d'être un homme qui sème la terreur au sein de la banque, sans du reste être compétent, si l'on se fie aux confidences de plusieurs cadres de la maison. Le même sort s'est abattu sur Mamadou Bessane expédié à Paris. ''Une promotion'' précise tout de même une source proche de la Direction générale de la banque puisque Bessane a été nommé à la tête de CBIP dans la capitale française.

Ce ne sont pas les seuls postes qui tombent dans l'escaracelle des Marocains. Les très stratégiques Direction du Risque et Direction du Crédit Consommation reviennent à deux Marocains pur jus, Salmi Rida et Haj Hammou. Idem pour la Direction Clientèle Entreprise. La conséquence, c'est que les Marocains qui n'était que trois au niveau du Top management au moment de la fusion CBAO-BST-ATTIJARI, commencent à être nombreux au point que l'équilibre est presque observé en termes de nombre. ''Chaque année, deux ou trois cadres arrivent'', nous souffle-t-on. ''Dans quelques années, il y aura peut-être deux ou trois sénégalais au niveau de la Direction''.

Des démissions en série...

Si ces mouvements initiés depuis la maison-mère au Maroc créent des grincements de dents, ils ne constituent pas les seuls signes du malaise. Une cascade de démissions a été enregistrée ces derniers mois qui suivent une courbe ascendante. L'auditeur interne de la maison, M.Diarra, a démissionné de son poste, sans que les raisons ne soient explicitées. Il serait en préavis et devrait donc quitter dans les tout prochains jours. Moustapha Diop qui assurait les Opérations internationales s'est...taillé vers la BNDE. L'ex-charge de la Communication, Bacary Dia, a plié bagages pour d'autres cieux, alors qu'avant eux, Cheikh Tidiane Sy avait préféré flirter avec l'agrobusiness tandis que plusieurs autres cadres, une bonne dizaine, préparent leurs baluchons. Le groupe serait-il subitement devenu peu attractif ?

L'atmosphère est en tout cas devenue pesante pour les Sénégalais, notamment pour les cadres qui désertent de plus en plus la boite au profit de la Banque nationale de développement (Bnde) et d'autres structures bancaires. ''Le plus gros lot a atterri à la Bnde'' nous souffle t-on.

Une réalité qui entrerait dans l'ordre normal des choses vu que rares sont ceux qui résistent aux propositions de salaires alléchantes. ''Que nenni !'' renseigne un ancien responsable de service au niveau de la Banque, qui a rendu le tablier. ''Dans une entreprise, s'il y a du confort et une bonne ambiance de travail, quelle que soit l'offre, on réfléchit deux fois avant de démissionner. Les cadres partent à la première occasion. Certains préfèrent se mettre à leur propre compte''.

Mais nuance, c'est parce que soulignent nos interlocuteurs, le manque de respect envers les cadres sénégalais, qui se sentent dévalorisés, a fini par démotiver une partie du personnel. Ils ont l'impression de ne pas être traités à la hauteur de leur compétence et expertise.

''J'avais des projets personnels à développer'' Si cet argument avancé par cet ancien responsable sonne comme un leitmotiv chez les anciens de la banque, d'autres préfèrent ne pas s'épancher sur la question. Toutefois, d'autres s'érigent en faux contre ces informations qui sont loin de refléter, à leurs yeux, la réalité. ''Je n'ai jamais eu écho de tels agissements au niveau de la Banque. Pas plus tard que la semaine dernière, une centaine de collaborateurs a eu droit un week-end détente dans un cadre somptueux de Saly au frais de la Banque qui multiplie ce genre de stratégies en vue de motiver son personnel. Nous sommes un groupe des centaines de collaborateurs et au fur et à mesure, l'ensemble du personnel profitera de ces faveurs'' nous précise M Diémé, qui souligne n'avoir pas eu écho de comportements de xénophobie au sein de la boite.

Patrick Mestrallet et Serigne Sy

En vérité, certaines de nos sources ne veulent pas trouver un lien entre ces départs et une certaine marocanisation de la direction. ''Depuis des années, les marocains fonctionnent comme cela et pourtant les cadres sénégalais s'en accommodaient tant bien que mal. Pourquoi maintenant ?'', s'interroge-t-on. Selon plusieurs recoupements, le problème de fond semblent se trouver dans le fait que la place bancaire sénégalaise connaît aujourd'hui de bien profonds changements. On nous signale à ce titre que l'arrivée d'Oragroup n'est pas sans lien avec la situation vécue par CBAO-Attijari. Ce groupe a en effet acquis plus de 51% de la Banque régionale de solidarité (BRS),

confrontée à des difficultés financières et qui avait été reprise en début d’année par la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD). La BRS avait été créée en 2004 à l’initiative des chefs d’Etat des pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pour faciliter l’accès au crédit aux exclus du système bancaire traditionnel. Oragroup qui est un groupe bancaire africain contrôlé par Emerging Capital Partners, a des ambitions sur la place bancaire sous-régionale.

Et le fait que l'ancien Directeur général de CBAO avant le rachat par les marocains, Patrick Mestrallet, soit à la tête du groupe ne facilite pas le travail de la banque. Plusieurs cadres de CBAO-Attijari devraient en effet se retrouver à la BRS. Le même problème se donne à voir avec la Banque nationale de développement économique (Sénégal), ex Fonds de promotion économique. Thierno Sy, un banquier d'expérience qui a quitté la CBAO il y a quatre ans, a orchestré le rachat mi-2011 de la banque nigérienne BIA-Niger. Il a surtout travaillé à la Banque sénégalo-tunisienne. Connaissant bien la boîte de l'intérieur, ''il sait à quelle porte taper'', nous dit-on.

C'est dire que la CBAO est aujourd'hui entre le marteau et l'enclume. Entre Oragroup et la BNDE, entre Patrick Mestrallet et Thierno Sy. Et la compétition risque d'être aussi rude que celle que les Marocains avaient menée pour arracher la sucette à la Société générale des Banques du Sénégal (SGBS), aujourd'hui onzième en résultat net (2,15 milliards Cfa), selon les derniers chiffres...

Du reste, la bien frileuse Direction générale de Cbao-Attijari qui prépare la tenue de son conseil d'administration promet d'apporter des éclairages dans un proche avenir sur ''une campagne de dénigrement'' qui n'aurait pas sa raison d'être

M BOCOUM

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