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Crise en Gambie - La presse entre euphorie, manipulation et désinformation ...: Un traitement médiatique hasardeux et déséquilibré
Publié le vendredi 27 janvier 2017  |  Sud Quotidien
L`adoption
© aDakar.com par MC
L`adoption du code de la presse continue de faire débat au Sénégal
Photo: Revue de presse; Journaux




La crise politique ayant suivi la présidentiel gambienne du 1er décembre 2016, a connu un dénouement heureux. L’ancien président a cédé le fauteuil présidentiel, sans effusion de sang, grâce à une médiation dite de la dernière chance. En plus des politiques, de la société civile, et la communauté internationale, cette crise post-électorale a été largement suivie par la presse nationale, africaine et internationale. Cependant, entre engouement, forte implication, prise de position, jugements de valeur, manipulation et même désinformation, des médias y ont laissé… des plumes, avec des journalistes qui se sont parfois laissé emporter par une quête effrénée du sensationnel. Bref, non seulement le traitement médiatique de la crise était déséquilibré, tous les journalistes ayant «balancé dans la même direction», mais aussi et surtout la couverture a été «peu hasardeuse au début» avant de «devenir normal au dernier moment», constatent des spécialistes, pour le déplorer.

La crise gambienne née du refus de l’ancien président (gambien) Yahya Jammeh de céder le pouvoir au vainqueur de la présidentielle du 1er décembre, Adama Barrow, a retenu l’attention de toute la presse, sénégalaise, africaine et internationale. Chaque organe y est allé de son propre traitement. L’ampleur de la situation et l’obstination de Yahya Jammeh aidant (il a accepté sa défaite avant de rejeter, une semaine après, les résultats, réclamant la tenue d’une nouvelle élection), des journalistes s’y sont fortement impliqués.

Certains mêmes n’hésitent pas à prendre position, sciemment ou inconsciemment. Alors que dans le camp de l’ancien homme fort de Banjul tout était verrouillé ou presque, contrairement à l’opposition victorieuse de la présidentielle et la communauté internationale notamment la Cedeao, il était difficile d’échapper à la manipulation et d’équilibrer l’information. Pis, le parti pris était presque flagrant, à travers des rendus, avec certains confrères qui, de part les jugements de valeur, ont fini par enfiler des habits de politiques, d’opposants au régime de Jammeh, de la société civile (défenseurs des droits humains).

LE …«FOU DE KANILAÏ»

L’ancien président gambien s’est vu attribué toutes sortes de qualificatifs et sobriquets. Tantôt il est «le despote, l’autocrate», qui a régné 22 ans sans partage sur la Gambie. Tantôt il est traité de «tyran», «directeur» ou encore de «fou de Kanilaï»..., s’il n’est pas tout simplement «condamné» pour avoir «tué», pour des «exécutions sommaires» à lui attribuées avant jugement, si on en arrivait là. Bref, la description du président Jammeh par les médias fait peur, rien ou presque des actes positifs qu’il a posés durant son magistère pour le développement de la Gambie ne filtre. Quid de la quête effrénée du sensationnel ? Or, des citoyens qui ne se fient qu’aux informations relayées par-ci et par-là, sans un esprit de discernement, pensaient que c’en était fini pour la Gambie, avec ce «tyran» qui ne recule devant rien.

En outre, le traitement de l’entrée des Forces de la Mission de la Communauté économique et monétaire ouest africaine (Cedeao) pour la Gambie (Micega ou Ecomig en anglais) a aussi été euphorique. L’on a acclamé, avec des citoyens gambiens l’entrée des Forces de la Cedeao et du Sénégal en territoire gambien. D’ailleurs, une certaine presse est même allée jusqu’à annoncer le déclanchement de «frappes» en Gambie et plus précisément à Kanilaï, le village natal de l’ancien président Jammeh. Les moyens mis à la disposition des troupes de la Cedeao a aussi été un point d’attraction. Il a été annoncé un navire nigérian pré-positionné au niveau des côtes gambiennes prêt à frapper...

LE COMMUNIQUE DE LA DISCORDE

Que dire des spéculations sur l’arrivée du nouvel homme fort de Banjul à Dakar, de sa prestation de serment à l’Ambassade de son pays dans la capitale sénégalaise? En effet, c’est une véritable controverse qui a entouré cette prestation de serment. Annoncée d’abord en Gambie, elle a finalement eu lieu au Sénégal. Et, dans cette valse de déclarations et de changements de lieu de la Cedeao, la presse s’est aussi laissée emportée surtout que la Cedeao avait annoncé des jours avant la présence de tous les chefs d’Etat de l’organisation sous régionale en Gambie la journée du 19 janvier. Hélas, aucun d’eux n’a atterri l’aéroport de Banjul. Pis, contrairement à cette attente, aucun chef d’Etat n’a assisté à la cérémonie de prestation de serment du président Adama Barrow tenue dans l’Ambassade de la Gambie à Dakar.

Et, quelques heures après, après le départ en exil du président Jammeh, un communiqué attribué à l’Organisation des Nations unies (Onu) et à la Cedeao a été publié dans la presse. Dans le document non authentifié, l’on fait état d’accord entre le président Jammeh et la Cedeao et d’amnistie pour le président sortant. Un consensus qui serait à l’origine du départ de l’ancien homme fort de Banjul. Il n’en était rien, a très vite rectifié le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Mankeur Ndiaye.

Selon M. Ndiaye, Yahya Jammeh est parti sans aucune garantie. La destination de Yahya Jammeh a aussi été un mystère que les journalistes ont tenté de percer. Dans un premier temps, on a parlé de la Guinée Conakry, pays que Yahya Jammeh a quitté après une courte pause. Les négociations et le déplacement des refugiés gambiens vers le Sénégal a aussi ont été très suivis. La presse a traité avec intérêt les différentes négociations entre la délégation de la Cedeao et le président gambien. Concernant les réfugiés, les journalistes ont beaucoup relaté leur déplacement, les conditions d’accueil et d’hébergement.

IBRAHIMA BAKHOUM, JOURNALISTE-FORMATEUR : «Le traitement médiatique de la crise en Gambie n’était pas équilibré»

«L’élection présidentielle de la Gambie a connu beaucoup de polémique durant ces derniers jours. Le président Yahya Jammeh, battu par Adama Barrow lors de la présidentielle du 1er décembre 2016 en Gambie, pour un mandat de cinq ans, a fait 22 ans à la tête de ce pays. Son refus de quitter le pouvoir a permis aux médias sénégalais d’intervenir dans cette crise», relève le journaliste Ibrahima Bakhoum, enseignant à l’Institut Supérieur des Sciences de l’Information et de la Communication (ISSIC). Selon lui, «les journalistes sénégalais ont pris position. Le traitement n’a pas été équilibré au moment où les médias travaillaient plus en patriotes sénégalais qu’en journalistes». Cette crise qui faisait le bruit partout dans les radios et télévisions, «était que de la communication et non de l’information», estime-t-il. Pour Ibrahima Bakhoum, «tous les journalistes ont balancé dans la même direction, au point que le traitement de l’information a été une publicité dans laquelle tout le monde s’est mise, et employant les même termes».

JEAN MEISSA DIOP, JOURNALISTE-CHRONIQUEUR : «Une couverture peu hasardeuse au début, mais...»

«Je crois que c’est une couverture qui a été quelque peu hasardeuse au début, mais qui a fini par devenir normal au dernier moment». C’est le constat du journaliste-chroniqueur Jean Meissa Diop. Pour lui, l’engouement né de la crise gambienne est normal. «Il faudrait comprendre aussi que la proximité de la Gambie avec le Sénégal est telle que les Sénégalais ne pouvaient pas ne pas être fibrilleux dans leur intérêt pour cette crise. Donc, ils ont déployé les moyens, certains organes je veux dire, y ont dépêché des envoyés spéciaux et qui vont y rester jusqu’à l’investiture du nouveau président élu», a déclaré Jean Meissa Diop. Pour le journaliste et enseignant au Centre d’Etudes des Sciences de l’Information (Cesti), ceux qui ont posé problème dans la couverture sont les réseaux sociaux. «Il y a eu trop de manquements, très peu de précautions et beaucoup de désinformation». Par ailleurs, le chroniqueur estime «qu’il y a un effort méritoire de certains organes de presse pour couvrir cette actualité. Plutôt que d’avoir toujours à dépendre de la presse étrangère, le mieux aurait été d’aller sur place, en Gambie, plutôt que de se faire raconter ou prendre des articles déjà écrits par d’autres organes de presse étrangère», dit-il.
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