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Au Sénégal, la préservation de la mangrove est une question de survie (MAGAZINE)
Publié le jeudi 27 octobre 2016  |  AFP




Joal (Sénégal) - Des troncs de palétuviers desséchés gisent sur la berge du fleuve près de Joal, dans l'ouest du Sénégal, où des habitants luttent pied à pied contre la disparition de la mangrove et de l'incroyable richesse biologique qu'elle abrite.
La mangrove, une végétation se développant dans l'eau douce ou salée, constitue l'un des écosystèmes les plus riches au monde, à la fois zone de reproduction, refuge et vivier pour de très nombreuses espèces. Sa dégradation est l'une des causes de la chute des populations de vertébrés, selon le rapport bisannuel "Planète vivante" publié jeudi par le Fonds mondial de la
nature (WWF)
Une vaste étendue de plage dénudée, parsemée par endroits de souches de mangrove, fait face au fleuve, devenu salé après une intrusion de l'océan.
"Les espaces vides sont des zones où la mangrove a disparu", indique Abdoulaye Sagna, un responsable de l'aire marine protégée (AMP) de Joal, de 174 km2, délimitée par l'Etat pour protéger la faune et la flore marines.
La pirogue en fibre de verre glisse sur l'eau, longeant la côte sur laquelle on aperçoit des huîtres et des arches, des coquillages accrochés aux racines en échasse des palétuviers, arbres rois de la mangrove. Des crabes se faufilent à travers les trous qu'ils ont creusés dans la terre boueuse.
La végétation, touffue par endroits, fait le bonheur des pélicans, sternes et hérons entre autres oiseaux qui viennent se nicher sur les arbres ou se mettre à l'eau. L'espace abrite aussi des populations de hyènes et de singes.
"Toutes ces espèces sont victimes de la disparition de la mangrove, d'où elles tirent leur nourriture" et qui leur sert de gîte, remarque M. Sagna.

- Reboisements -

Cette érosion résulte d'une multitude de facteurs selon les spécialistes: changement climatique, coupes abusives pour le bois de chauffe ou de construction, récolte d'huîtres et d'arches, sécheresse, salinisation, travaux publics, etc.
"Il n'y avait rien ici, pas de mangrove, mais à partir de 2009, nous avons fait des reboisements" pour la replanter, affirme Abdou Karim Sall, membre du comité de gestion de l'AMP.
"Dans les villages non couverts par l'AMP, la mangrove est plus dégradée. On craint sa disparition dans certaines zones où ce sont des hectares entiers qui sont coupés", ajoute-t-il.
"Le Sénégal a perdu 40% de ses superficies de mangrove depuis les années
1970", affirme l'écologiste Haïdar El Ali, ancien ministre de l'Environnement, citant des statistiques de l'ONU.
Selon Marie-Madeleine Diouf, responsable d'un groupement de commerçantes des produits de mer à Joal, "auparavant, il suffisait de faire dix mètres dans le fleuve pour avoir des huîtres et des arches mais maintenant, il faut aller beaucoup plus loin".
"Nous n'obtenons pas la quantité voulue alors que la demande est plus forte" qu'autrefois, ajoute t-elle.

- Génie ancestral protecteur -

Face à cette pénurie, un parc à huîtres a été construit à Joal pour augmenter la production.
Muni d'un couteau, Léopold Ndong, un ostréiculteur, décolle les huîtres des racines des palétuviers avant de les "semer" dans la boue. "Ce sont des naissains, des bébés huîtres, qui vont se fixer sur les guirlandes. Au bout de douze mois, ils sont à maturité", explique-t-il.
A marée basse, des femmes, courbées dans l'eau, ramassent des coquillages à hauteur de Fadiouth, île voisine de Joal, une zone où le commerce des produits
comme l'huître, l'arche, le cymbium et le murex (des mollusques) est une des principales sources de revenu.
Joal, ville natale de l'homme d'Etat et poète sénégalais Léopold Sédar Senghor, est aussi un des premiers ports de pêche artisanale du pays et attire de nombreuses populations.
"Le génie ancestral de Joal, Mama Ngueth, protecteur de la ville, interdisait de couper la mangrove. Tout le monde respectait cet interdit et la croyance en ce génie était un facteur de conservation de la mangrove", dit M. Sall.
"Maintenant il y a à Joal beaucoup de migrants qui s'en fichent de ce génie et de la conservation de la mangrove", ajoute-t-il.
Mais la disparition de la mangrove n'est pas une fatalité et les efforts pour la conjurer en valent la peine, assure Marie-Madeleine Diouf.
"Il faut replanter tous les jours, parce que les gens continuent de couper", dit-elle. "Les gens continuent de couper, et nous, on va continuer de replanter".
mrb/sst/jlb/ak
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