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Déguerpissement à proximité de l’aéroport : Ouest-Foire nettoyé de son bidonville
Publié le vendredi 29 avril 2016  |  Le Quotidien




C‘était des taudis construits sur un amas de déchets entre le quartier chic d’Ouest Foire et le mur de l’aéroport de Dakar. Il y vivait des Guinéens au milieu des montagnes d’immondices qui ne les répugnaient pas. Ils s’y plaisaient depuis des années. Mais, le préfet de Dakar, Serigne Babacar Kane, a rayé de la carte ces taudis où régnait l’insécurité et évoluaient les repris de justice et les trafiquants de drogue. Chassés de leur paradis, ils vont à la recherche d’un nouvel eldorado où se mêleront précarité et anxiété. Quel destin !

C’est une carte postale d’Au­gias. Des ordures à perte de vue ! Des camions chargés de déchets font des va-et-vient pour faire disparaître la montagne d’ordures qui s’est construite au fil du temps. Il est difficile de se balader dans cette atmosphère où flotte un air fétide. Ce paysage est le quotidien de Guinéens et de Sénégalais aux revenus très modestes. Ils ont été déguerpis par le préfet de Dakar pour des raisons de sécurité.
L’endroit est situé entre le quartier chic d’Ouest Foire et le mur de l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar. Il pleure la tristesse dans ce coin fangeux. Sur un terrain nu s’éparpillent : matelas, habits, seaux de poisson, vaisselle, linges. Faite à l’ancienne à l’aide de trois briques, une cuisine est improvisée. Sur les décombres et les déchets, une assiette poussiéreuse est posée au milieu de parpaings et des débris de bois. Les mouches sont attirées par l’odeur du poisson pourri. C’est un capharnaüm. Sous une charrette, Amadou Cissé, Guinéen, poursuit sa vie miséreuse aux côtés de ses femmes, voisins et enfants. Ils dégustent leur déjeuner : Au menu ? Des poissons frits sans accompagnement. Amadou, pe­tit garçon innocent, joue avec sa cuillère dans ce monde abandonné par Crésus. Visage émacié et sale, habits déchirés, les sillons de fatigue tracés par des larmes sur ses joues, le môme contemple ce spectacle sinistre. Il est né dans ce monde précarisé. On est derrière le marché Serigne Fa­llou de la cité Ouest Foire où s’est amoncelée une montagne d’ordures imposée par les charretiers. Comme si de rien n’était. Alors qu’on est entre le quartier Ouest Foire où niche la nouvelle classe moyenne dakaroise et le mur de clôture des surfaces de l’aéroport international Léopold Sédar Senghor.
Face à ce drame humain, les autorités de la Préfecture de Dakar font l’effort de donner une belle vue aux riverains de l’aéroport. Mais, elles peinent à se débarrasser complètement des ordures encore moins des gens qui côtoient ces tas de déchets. Dans ce paysage dégoûtant, un Little Guinée a été construit. Leur habitat est aussi précaire que leur vie : ils vivent dans des baraques de 3 m faites de en carton ou en toile. Guidés par leur survie, ils s’entassent sur ces surfaces en famille. Sans se soucier de leur sécurité. Mais, ils sont guidés par leur survie. Ils passent leur nuit sur des matelas élimés, respirent l’odeur nauséabonde. Comme si de rien n’était. Comme s’ils étaient immunisés. Les enfants courent dans la décharge à moitié nus. Avec l’insouciance qui les caractérise, ils fouillent les ordures à la recherche d’une babiole ou d’un trésor. Le danger est là. Il est même banalisé par l’habitude. «On vit ici depuis des années, on a nulle part où aller», lance une jeune guinéenne qui retourne à la hâte dans sa «maison» faite de zinc et de bois. Malgré la précarité, ils ne comptent pas quitter les lieux. Chassés d’un terrain, ils se réinstallent sur un autre. «On se recrée une nouvelle vie en attendant la suite des évènements», dit Saliou Ba. Il n‘a pas besoin de se créer un petit paradis, les moyens du bord suffisent pour se dresser un petit habitat sous les charrettes. L’image est pitoyable. Mais, il n’est pas question d’aller dégoter un logement décent dans un autre quartier. Amadou Cissé, habitant des lieux, dit : «On n’a pas de quoi se payer une chambre. Nous vivons ici depuis des années.» Il est accablé par la tristesse et l’impuissance. Désor­mais, il­ va dormir à la belle étoile.
Aujourd’hui, ils cherchent le coupable. «C’est la mairie de Yoff, accompagnée de la police, qui est venue le samedi 16 avril avec une forte logistique pour détruire nos habitations. Ils ne nous ont même pas laissé le temps de réagir», fulmine Ama­dou Cissé. Mamadou Ba écarte cette thèse : «Je pense que c’est le propriétaire de la parcelle que nous occupions qui est à l’origine de ce déguerpissement.» Vêtu d’un jean délavé, coloré par des tâches jaunâtres, assorti d’un tee-shirt aux rayures de couleurs marron et beige, Birame Faye, charretier, expli­que les raisons de ce déguerpissement : «Ce sont des peulhs qui vivaient ici, mais à cause de l’insécurité qui règne à Ouest Foire, ils ont été déguerpis.» Bien sûr, le dépotoir clandestin d’ordures a attiré les «glaneurs», les dealers de drogue et les voleurs. Tétanisés par la présence de la racaille, les habitants ont sollicité l’aide des autorités compétentes pour nettoyer le coin. Il va plus loin : «A cause des vols récurrents dans la cité, beaucoup de personnes pensent que ce sont les gens qui habitent dans les baraques et les glaneurs qui en sont les principaux ac­teurs.» Bien­ sûr, il y a suffisamment de raisons qui justifient la décision du préfet de Dakar de nettoyer la ville de ces «bidonvilles» en gestation. En attendant, ils sont à la recherche d’un autre fief. Des Sénégalais aussi évoluent sur ce territoire à la recherche de leur pain quotidien. Dans cette capitale qui étouffe, chaque m2 est convoité par des mécaniciens chassés de tous les garages. Ils avaient commencé une nouvelle vie professionnelle. Mais, le préfet de Dakar a décidé de donner un nouveau souffle à cette zone défavorisée.
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