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Le syndicaliste Madani Sy sur la gestion des ordures : «Des gens sanctionnés par la Cadak-Car sont promus par l’Ucg»
Publié le mercredi 13 avril 2016  |  Le Quotidien
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© aDakar.com par DF
Les syndicats du nettoiement pour l`application des accords
Dakar, le 13 Mai 2015 - Le coordonnateur du Front unitaire des syndicats du nettoiement (FUSN), Madany Sy, a appelé, mercredi à Dakar, la Communauté des agglomérations de Dakar et la Communauté des agglomérations de Rufisque (Entente CADAK-CAR), à la mise en œuvre des engagements signés dans le protocole d’accord du 30 avril dernier.




Madani Sy, le secrétaire général du Syndicat national des travailleurs du nettoiement (Sntn) revient sur la gestion des ordures par l’Ucg (Unité de coordination et de gestion des déchets). Six mois après que cette structure a repris à l’Entente Cadak-Car cette activité, il explique la démarche de la nouvelle entité. Le président du conseil d’administration de la Mutuelle de santé des agents du nettoiement exige de l’Ucg le respect de la Convention collective des travailleurs du nettoiement et dénonce la pléthore d’organisations syndicales qui mine son secteur d’activité.

La gestion des ordures a été confiée à l’Ucg. Depuis 6 mois, elle gère le ramassage et la collecte des ordures dans la région de Dakar. Comment se déroule cette activité ?
Depuis 6 mois, il y a eu une substitution d’employeur entre l’Ucg et l’Entente Cadak-Car via le ministère de la Gouvernance locale et l’Entente Cadak-Car. J’ai été le premier à tirer la sonnette d’alarme pour dire que la décision n’était pas technique, mais politique. Cette position m’a valu des désagréments. J’ai été taxé de tous les noms d’oiseaux. Entre-temps, le ministre nous a reçus pour dire que tous les acquis et les droits des travailleurs seraient conservés.
En 10 ans, il y a eu 9 fois de changements d’employeur pour un secteur aussi vital, mais négligé par les autorités. Elles en ont fait un instrument politique. Le nettoiement fait partie des compétences transférées aux collectivités locales. On parle de l’Acte 3 de la décentralisation et on nous dit qu’il faut des communes de plein exercice. Aujourd’hui, l’Ucg gère les ordures. D’habitude, celles-ci sont gérées par les collectivités locales. L’Ucg a été notre employeur en 2011 et 2013. Nous les connaissons bien. Ibrahima Diagne, qui en est le coordonnateur, a été le premier directeur technique de la Cadak. Nous avons de bons rapports, mais ce sont des principes que nous défendons. Pour l’instant, il n’y a pas de retard de salaire. Tout n’est pas comme nous l’aurions souhaité, mais nous ne nous plaignons pas pour le moment.

Mais à l’interne, vous avez dit qu’il y a des problèmes. Quels sont-ils ?
Je suis le syndicaliste leader dans le secteur du nettoiement. Au moment où je vous parle, il y a 7 syndicats dans le nettoiement pour 1 547 agents ; ce qui est une anarchie. L’émiettement du mouvement syndical ne fait que fragiliser les travailleurs. Nous vivons des guerres de positionnement qui nous empoisonnent la vie. Ce que je ne peux pas comprendre, en tant que syndicat leader qui a remporté les premières élections des délégués. Sur 1 042 votants, les 750 ont voté pour mon syndicat. Quand l’Ucg est venue, elle n’a pas pris langue avec notre syndicat. Elle a préféré collaboré avec des syndicats fantoches qui n’existent que de nom et n’ont aucune légitimité. C’est ça qui me fait mal.

Récemment, il y a eu des nominations. Des gens qui ont été sanctionnés par l’Entente Cadak-Car et mutés ont été promus au détriment des travailleurs qui ont acquis une expérience de plus de 20 ans. Nous avons l’impression que l’Ucg est en train de combattre notre syndicat. Pourquoi ? Parce que j’avais une position de principe dès le début, en disant non à la substitution. Si l’Ucg fait appel à ces gens-là qui n’ont aucune légitimité, aucune représentativité et leur donne les pleins pouvoirs pour combattre notre syndicat, je dis que nous ferons face.

Comment ?
Nous sommes un syndicat. Nous allons mettre en place un plan d’actions. Depuis 6 mois, nous avons observé une trêve. Personne ne nous a entendus parler. Nous avons pris du recul pour observer et voir ce qui se passe. Le constat, c’est que les travailleurs ne sont pas contents malgré le fait qu’il y ait un léger mieux.

Est-ce que vous avez interpellé l’Ucg à ce propos ?
J’ai interpellé le coordonnateur, il nous a reçus. Mais l’Ucg avait reçu 4 syndicats, juste après la substitution d’employeur. Nous, nous avions dit tant qu’il n’y a pas de passation de services, nous ne ferons aucun acte d’allégeance. Et quand la passation de services s’est faite, nous nous sommes rangés, car je ne fais pas de fixation sur l’employeur. Ce qui nous intéresse, c’est le respect des intérêts des travailleurs.

Vous avez des problèmes à l’interne, mais les Dakarois ont constaté que depuis l’arrivée de l’Ucg, les rues sont devenues plus propres. On ne voit plus les dépôts sauvages auxquels on était habitué dans les grandes artères de la ville…
Il y a un surplus de personnels. L’Ucg a recruté un personnel temporaire, ceux qui portent les tee-shirts orange et qui balaient et nettoient dans les grandes artères de la ville. Ils sont en appoint aux travailleurs. Ils font le désensablement, le désherbage et le désencombrement. Aujourd’hui, il y a une fluidité, les artères sont aérées. Il y a un changement radical. Dakar a changé malgré certaines poches. Je ne suis pas un nihiliste, ni un va-t-en-guerre. Quand il y a quelque chose de positif, on applaudit.
Après la substitution, nous avons vu qu’il avait une volonté réelle de l’Ucg de faire mieux. Il faut aussi avoir le courage de le dire. Il y a eu beaucoup de concepts qui ont été théorisés, notamment «Zéro déchet» que la direction a mis en place pour impliquer les délégués de quartier, les imams, les élus locaux pour une meilleure prise en charge de notre micro environnement. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de problèmes. Les travailleurs se disent que tout cela est beau, mais le travailleur aussi doit sentir ce mieux. Ils veulent une hausse de leurs salaires, des promotions internes aussi.

Vous avez dit que l’Ucg a recruté un personnel temporaire. Cela suppose qu’il n’est pas censé durer au poste. Est-ce qu’on peut parler de réelle volonté de débarrasser Dakar de ses ordures ou c’est juste une volonté politique pour légitimer la substitution ?
Je pense que c’est un éternel recommencement. Chaque équipe vient avec des ambitions précises. Mais ce qui est important, c’est d’assurer la qualité du service. Si demain ce personnel temporaire est arrêté, nous allons revenir à la case départ. Actuellement, nous avons un personnel de plus qui est payé avec quel budget ? Je ne saurais le dire. En tout cas, il y a un nouveau personnel qui travaille dans toute la région de Dakar.

Ils sont combien, ces travailleurs ?
Au début, c’était presque 500 agents qui étaient recrutés. Depuis, la direction est train de diminuer drastiquement le nombre de travailleurs. Vous voyez que le nombre initial diminue, car il y a des travailleurs qui sont actuellement à l’arrêt.

Vous ne craignez pas qu’on revienne à la situation d’avant ?Je leur ai fait savoir qu’il nous faut des moyens. Les problèmes sont encore énormes. La direction nous a dit qu’elle a des problèmes avec la Dcmp. Nous comprenons, mais gouverner c’est prévoir. Les ordures n’attendent pas. Les travailleurs ont besoin qu’on les mette dans des conditions de performance.

Est-ce que l’Ucg fonctionne avec le même budget que l’Entente Cadak-Car ?
Aujourd’hui, c’est l’Etat qui gère à travers l’Ucg alors que l’Entente Cadak-Car est un conglomérat de maires, les 5 communes et les grandes villes qui se sont constituées en Cadak-Car. L’Ucg a plus de moyens. S’il y a dépassement budgétaire, il y a le Trésor qui est là. Des lenteurs peuvent subsister, mais le problème finit toujours par être réglé.

La tache noire avec l’Ucg aujourd’hui, ce sont les charretiers qui collectent et déversent les ordures partout. Est-ce qu’il y a un programme spécial pour ces collecteurs d’ordures ?
Il y a un arrêté préfectoral qui interdit aux charretiers la collecte des ordures. C’est un délit réprimé par le Code d’hygiène et celui de l’environnement. Mais j’ai l’impression que l’Ucg est en train de collaborer avec eux pour au moins atténuer les dépôts sauvages d’ordures.

Si je comprends bien, nul ne peut empêcher les charretiers de procéder à la collecte des ordures ?
C’est la raison pour laquelle la direction veut organiser les charretiers. Il y a un travail qui est en train d’être fait au niveau de la direction technique pour organiser ces acteurs. Mais il y a parmi eux des brebis galeuses qui ne respectent aucune règle. Ces pratiques aussi sont encouragées par les populations qui, au lieu d’attendre les camions de ramassage, préfèrent les charretiers. Ces derniers viennent prendre les ordures et parfois même nettoient la maison et volent. Ce sont de petits voyous sous l’emprise de la drogue. Récemment, un de nos camarades a été agressé par un charretier au niveau de Pikine. Nous avons même déposé une plainte. Les dépôts sauvages qui jonchent les rues sont l’œuvre des charretiers. Ils déversent leurs ordures au vu et et au su de tout le monde. Et personne ne lève le plus petit doigt. Cette anarchie doit cesser.

Vous avez mené des grèves et des combats pour que votre convention collective soit adoptée. Est-ce que l’adoption est effective ?
Depuis deux ans, nous avons signé cette convention collective avec l’Entente Cadak-Car. Celle-ci a été signée avec le Front unitaire des travailleurs du nettoiement que je dirige et deux autres syndicats du nettoiement et Moussa Tine, Khalifa Sall et l’Etat du Sénégal représenté par Mansour Sy. Cette convention est en vigueur, mais avec l’arrivée de l’Ucg, nous avons l’impression que les nouvelles autorités ne veulent pas l’appliquer. Or, tout droit acquis ne se perd pas. La convention collective est le point focal de notre revendication. Elles ont l’obligation de respecter scrupuleusement les termes de la convention collective. Nous avons constaté que l’Ucg a créé des postes qui n’existent pas dans la convention collective. Si je prends l’exemple des coordonnateurs, la direction est en train de changer les termes et cela n’existe pas dans cette convention. D’ail­leurs, lors de l’échange qui a eu lieu entre les inspecteurs et le corps des contrôleurs, j’ai interpellé les autorités de l’Ucg pour leur faire savoir qu’elles sont en porte-à-faux avec la législation. Les travailleurs sont frustrés, car il y a des doublons que nous constatons entre les coordonnateurs et les chefs de département. Il y a des risques de conflit de compétences sur le terrain. Il faut que l’Ucg se concerte avec le principal syndicat. Si aujourd’hui elle fait tabula rasa de tout ce qui a été fait ici pendant plus de 20 ans pour faire appel à d’autres qui n’ont aucune expérience, cela ne fera que retarder le travail qui est en train d’être fait.

On voit les travailleurs du nettoiement à l’œuvre avec les mains nues, sans masque ni casque, en contact avec la saleté et les microbes. Y a-t-il un programme pour les équiper avec l’Ucg ?
Effectivement. Notre rôle c’est de tout faire pour que la logistique suive. Les travailleurs se plaignent chaque jour du manque de logistique. Tout récemment, j’ai été à la direction pour me plaindre des mauvaises conditions de travail de nos camarades. On nous parle de Sénégal émergent. Comment ce pays peut-il émerger si des autorités censées faire respecter la loi foulent au pied les droits les plus élémentaires des travailleurs ? L’Etat a la responsabilité d’assurer la protection des agents du nettoiement. L’Ucg nous a dit qu’elle a quelques problèmes avec la Dcmp. Actuel­lement, le marché est lancé, mais les travailleurs commencent à perdre patience. Donc, d’après des informations qui nous parviennent, de nouvelles tenues sont confectionnées pour les travailleurs du nettoiement. Ils vont les arborer dans les prochains jours.
La direction a aussi commandé plus de 500 bacs à ordures ainsi que des chariots. Elle a aussi signé des conventions avec certaines sociétés pour mettre les petites corbeilles qui meublent les rues pour permettre à la population de ne plus jeter certaines ordures dans la rue. Nous sommes d’avis que si les moyens suivent, nous pouvons maintenir la capitale propre à l’image de Kigali ou d’autres capitales et pourquoi pas le reste du pays. Regardez les Capitales régionales, Dakar ce n’est pas le Sénégal. Heu­reusement qu’il y a le Pro­gramme national pour la gestion des ordures (Pngd). Il a reçu un financement de la Bid à hauteur de 18 milliards de francs Cfa pour l’implantation d’infrastructures qui répondent aux normes environnementales, mais aussi à l’image de Dakar pour qu’il y ait un schéma d’organisation avec des circuits de collecte, des concessionnaires, des travailleurs équipés. Si nous continuons la réflexion, nous pouvons rêver de villes propres.
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