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Transgambienne - La frontière s’entrouve aux pélerins du Daaka : Les camionneurs en rade à Vélingara
Publié le mardi 12 avril 2016  |  Le Quotidien
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© Autre presse
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la traversée




Badiara est le village du département de Vélingara qui abrite les postes frontaliers des forces sénégalaises de police et de douane. Situé à un jet de pierre des terres gambiennes, il accueille depuis le 20 février dernier des hôtes étrangers victimes de la décision des transporteurs sénégalais ( ?) de bloquer le flux des véhicules entre le Sénégal et la Gambie. 25 camions de transport de marchandises convoyés par près de 75 personnes boivent le fiel de cette décision jusqu’à la lie.

Samedi dernier, la circulation des personnes et des biens était fluide à travers le poste frontalier du village sénégalais de Badiara, dans le département de Vélin­gara. Des dizaines de voitures de toutes marques et d’immatriculation gambienne et guinéenne ont traversé la frontière sans subir trop de tracasseries. Il s’agit de véhicules qui se rendaient au «Daaka» de la cité religieuse de Médina Gounass. La police sénégalaise avait reçu l’ordre d’assoupir le contrôle pour cette occasion. Cette décision est difficile à digérer par ces Maliens, Guinéens de Conakry et Gambiens qui sont là depuis plusieurs semaines, empêchés de poursuivre leur chemin. Un chauffeur malien, qui a refusé de décliner son identité, est l’un des chauffeurs d’une file de 5 camions de même marque et couleur (bleu marine) qui ont quitté le Mali depuis le 18 février pour la capitale gambienne et qui se trouvent bloqués là depuis le 22 février 2016. Trouvé en train de jouer aux cartes sous le camion immatriculé : M 4484 Ma, il dit : «Au nom de quel droit permet-on à certains citoyens de circuler à travers la frontière et pas à d’autres ? Depuis bientôt 2 mois, nous sommes-là sans savoir quand cette galère va connaître un terme. Nous ne savons rien de l’évolution des négociations. Il est temps qu’on nous libère.»
De l’autre côté de la frontière se trouvent une vingtaine de camions qui ont quitté la capitale gambienne, Banjul, pour se rendre soit au village-marché de Diaobé ou en Guinée Conakry. Certains y sont bloqués depuis le début du blocus, d’autres depuis 1 mois, ou 22 jours ou encore depuis 5 jours. Abdoulaye Mbaye est Gambien. Il est conducteur d’un camion immatriculé Bjl 3234 L. Il dit : «Nous sommes au total 13 camions en station forcée ici qui devrions décharger nos marchandises à Diaobé. Nous transportons tous du café touba appartenant à des Sénégalais qui nous attendent à Diaobé.» Mamadou Saliou Diallo est un transporteur guinéen (Conakry) qui est sur ces lieux depuis 5 jours. Adossé à son camion dont le numéro de matricule est Mg 2378 A, il informe : «En prenant départ de la Guinée Bissau pour Banjul, on nous a informés que les voitures en provenance de la Guinée ne sont pas inquiétées. C’est pourquoi j’ai osé transporter ces produits divers dont certains sont périssables au soleil comme la mayonnaise et le beurre. Nous sommes sous le soleil dans un endroit semi-désertique.»

Les Bissau-guinéens pas concernés par la mesure
Les pèlerins du «Daaka» de Médina Gounass ne sont pas les seuls à avoir bénéficié de la magnanimité des forces de police du poste de Badiara. «Curieu­sement, tous les véhicules en partance pour la Guinée Bissau sont aussitôt libérés. Nous n’y comprenons que dalle. Elle est fermée à tout le monde ou elle ne l’est pas du tout. Nous sommes tous citoyens de la Cedeao», a dit Oumar Cissé, un camionneur qui se dit Sénégambien. En vérité, les véhicules en partance pour le pays de Amilcar Cabral sont systématiquement autorisés à circuler. Devant le refus des forces de police de donner une explication à ce qui peut ressembler à une discrimination, un de leurs proches renseigne : «Ce sont les autorités supérieures de ce pays qui ont négocié cela avec les autorités sénégalaises. C’est le cas avec le Guinéens Conakry aussi. En principe, les voitures qui doivent se rendre en Guinée Conakry sont également libres.» Selon des informations recueil­lies auprès d’une source policière, «tous les véhicules en destination de la Guinée Conakry et qui sont détenus ici sont entrés frauduleusement en Gambie. En allant dans ce pays, ils ne sont pas passés par les voies légales et sont inconnus de nos fichiers». En tout cas, les Forces de sécurité sénégalaises conseil­lent aux camionneurs boqués au niveau de la frontière de demander des explications à leurs autorités politiques qui n’ont pas fait comme les Bissau-guinéens qui ont discuté avec les autorités politiques sénégalaises pour emprunter le corridor sans contrainte.

De la galère des camionneurs
Chacun des 25 camions, garés de part et d’autre de la frontière sénégalo-gambienne au niveau du village de Badiara, contient au moins 3 personnes : 2 chauffeurs et 1 apprenti, d’autres en ont 4. Tout ce monde passe tout leur temps, jour et nuit, sous leurs camions. «C’est sous nos camions que nous passons la nuit sur des nattes. Le jour également nous sommes là. Pas possible de s’éloigner, nous avons de la marchandise à surveiller. Et puis, c’est la brousse, rien à faire sinon des risques de se faire piquer par des scorpions que nous voyons très souvent à côté et sous nos nattes», témoigne le camionneur Bakary Badji de la Gambie.
Les 13 camions qui ont le village de Diaobé comme destination se sont organisés pour assurer leur nourriture quotidienne. Oumar Cissé explique : «Nos patrons qui sont à Diaobé nous envoient régulièrement de l’argent. Tous les 4 jours, nous vidons un sac de riz. Nous dépensons quotidiennement 25 mille francs pour le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner. Cela ne peut pas continuer éternellement. » Pis, dans ce village se pose un problème d’accès à l’eau. Même les Forces de sécurité se rendent au village gambien de Saby pour s’approvisionner en eau. Une information confirmée par l’agent en faction sur les lieux, M. Toupane ; la seule information que nous avons pu tirer de lui. Le puits du village est profond de plus de 30m et ce sont des ânes qui aident à tirer l’eau du puits. Aussi «nous mettons trop de précaution dans l’utilisation de l’eau. Nous nous lavons tous les 2 jours», poursuit le Malien. Il ajoute : «Nous demandons qu’on nous permette de rentrer en Gambie. Depuis bientôt 2 mois, nous avons laissé nos familles au Mali. Dieu seul sait comment elles se débrouil­lent là-bas. Nous ne pouvons rien leur envoyer à partir d’ici. Nous sommes dans un village sans boutique ni restaurant. Pour certains besoins, nous nous rendons à Vélingara (12km) en louant des taxis-jakarta à 3 000 francs. C’est difficile à soutenir pour longtemps.»
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