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Le développement passe par la vulgarisation des langues nationales (universitaires)
Publié le vendredi 21 fevrier 2014   |  Agence de Presse Sénégalaise




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Des experts, des professeurs d’université, des linguistes et autres intellectuels ont affirmé, vendredi à Dakar, que le Sénégal est toujours à la traine dans la vulgarisation de ses langues nationales, seul moyen, pour eux, d’intégrer les masses et de mettre le pays sur les rampes du développement.

La célébration de la journée internationale de la langue maternelle leur a servi de prétexte pour porter le plaidoyer. ‘’ Il y a urgence à mettre l’accent sur le développement des langues nationales. Il faut faire des langues d’enseignement des langues d’administration et des langues officielles’’, a dit Fatou Kiné Camara, enseignant-chercheur à la Faculté de Sciences juridiques et politiques de l’UCAD.

Elle prenait part à une table-ronde sur les expériences de traduction et d’interprétation en milieux multilingues. Abordant ‘’les difficultés liées à la langue quant à l’éducation citoyenne des populations sénégalaises en général et des femmes en particulier,le Professeur Camara estime que ’’la cohésion nationale passe par la reconnaissance des langues locales’’.

‘’La prise en compte des langues nationales va faire que chaque citoyen sénégalais va se reconnaître dans la nation, parce que la nation reconnait sa langue. On ne peut pas se développer sans l’utilisation des langues maternelles (…). Apprendre seulement à lire, à parler et à compter par une langue d’autrui n’a pas de sens’’, a-t-elle martelé.

‘’Cela ne veut pas dire s’enfermer dans une langue. Mais il faut maîtriser sa langue d’abord avant de s’ouvrir aux langues extérieures et aux langues de communication. Aujourd’hui, le savoir universel s’est développé sans nous’’, a-t-elle fait remarquer.

Secrétaire générale de l’Association pour le développement de l’édition bilingue (ADEB) qui vise à encourager l’édition de manuels scolaires en français et en langues nationale, Fatou Kiné Camara a relevé ‘’des incohérences’’ dans les textes constitutionnels du pays et appelé les pouvoirs publics à rectifier le tir.

‘’90% de la population sénégalaise ne parlent pas le français. Pourquoi imposer dans la Constitution que tout candidat à l’élection présidentielle doit maîtriser le français. Tous les Sénégalais parlent au moins une langue locale, mais développons l’alphabet uniforme et ils deviendront tous des lettrés capables de participer au développement économique et social du pays’’, a-t-elle dit.

A sa suite, le Professeur Aly Sambou, enseignant-chercheur, spécialiste de traduction à l’UFR Lettres et Sciences Humaines de l’Université Gaston Berger a rappelé une histoire teintée d’ironie.

‘’L’ancien président Léopold Sédar Senghor avait répondu à une interpellation de Cheikh Anta Diop en disant que le jour où il y aurait 100 thèses d’Etat sur les langues nationales, on en fera une en langue officielle, mais actuellement il y a moins de dix thèses sur le sujet’’, a dit M. Samb.

Mais pour Fatou Kiné Camara, cela passe par le développement de manuels secondaires en français et en langues nationales qui seront intégrés dans le corpus pédagogique à partir de l’élémentaire. ‘’Nos meilleurs mathématiciens maîtrisent parfaitement leur langue maternelle’’, a-t-elle dit, citant Cheikh Anta Diop, Sakhir Thiam ou encore Mary Teuw Niane.

‘’Le Japon parle japonais, la Corée parle coréen et l’Afrique du Sud qui a 11 langues nationales a en utilisé une pour sa langue officielle. Mais nous on est resté là à dire que le français c’est le ciment de la cohésion nationale, mais le véritable ciment de cette cohésion est de respecter les droits de tous’’, a insisté le Professeur Camara, militante des droits humains.

Landing Massaly, président de l’Union nationale des associations des langues (UNAL) a rappelé la mise à l’essai des langues nationales à l’école avec le groupe des six premières langues que sont le Wolof, le Sérère, le Pular, le Diola, le Manding et le Soninké.

Selon lui, ’’le Sénégal a déjà codifié 21 langues nationales, mais il reste encore cinq à six langues à codifier pour ne pas exclure personne et aller au bout de la logique’’.

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