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Premiers couacs pour le pèlerinage à la Mecque: 35 pèlerins risquent d’être privés de Hadj
Publié le mercredi 9 septembre 2015  |  Enquête Plus
Arrivée
© aDakar.com par DF
Arrivée du premier vol retour des pèlerins
Dakar, le 11 Octobre 2014- Le premier des vols programmés pour ramener de La Mecque les pèlerins sénégalais est arrivé à Dakar, samedi, aux environs de 18h30.




Le pèlerinage à La Mecque démarre sous une fausse note pour certains pèlerins. 35 d’entre eux risquent d’être laissés en rade, si rien n’est fait.



Les premiers pèlerins convoyés par la mission nationale ont quitté Dakar, ce 8 septembre, vers 4 heures du matin, pour les Lieux saints de l’Islam. Malgré les assurances des autorités étatiques, le brouillard semble planer sur le pèlerinage. 35 candidats au ‘’Hadj’’ sont en train de vivre des moments de doute et d’angoisse. Ils ont l’esprit embrumé à l’idée de ne pas effectuer le 5e pilier de l’islam, alors qu’ils se sont acquittés de toutes les formalités.

Les voyagistes privés chargés de les convoyer sont dans le même état d’esprit. Ils sont désarçonnés de ne pas honorer leurs engagements. D’aucuns fondent en larmes, devant ce qu’ils considèrent comme un ‘’hold-up’’. Le directeur de l’agence de voyage explique l’affaire : ‘’Suite à un appel au regroupement des voyagistes privés, nous étions trois organisations privées à nous retrouver au sein de la même structure. La responsable d’Al Afia (Henriette Dia) a été désignée comme la signataire des documents afférents au Hadj, même si, selon les articles 1 et 2 du protocole d’accord, chaque entité se devait de garder sa souveraineté’’. ‘’Selon les clauses du contrat, poursuit-il, Mme Henriette Dia est leader du regroupement, mais nos pèlerins ne sont pas obligés de voyager ensemble encore moins de loger dans le même immeuble. Nous lui avons fait confiance jusqu’au jour où elle a voulu nous imposer un immeuble de son choix. Je lui ai fait part de mon désaccord. Elle a aussi tenu à ce qu’on lui verse le package, alors que dans les normes, il ne fallait lui remettre qu’une caution. Une règle que tous les voyagistes privés appliquent’’.

Pour lui, comme pour ses collaborateurs, cette attitude de Mme Dia n’augurait rien de positif. ‘’De retour de La Mecque, Mme Henriette Dia a refusé de prendre l’avance que nous lui avions faite pour couvrir les frais de transport et de Mouassassa, exigeant sans raison le payement intégral de tout le package, alors qu’elle-même était loin de remplir son propre quota’’, renchérit un autre partenaire, visiblement sous le choc. Depuis cet épisode, une brouille s’est installée. La responsable d’Al Afia qui avait bénéficié d’un quota de 45 pèlerins, contre 35 pour chacun de ses partenaires s’est au finish adjugé 75 pèlerins. ‘’Elle a déroulé toute une stratégie malsaine pour usurper mon quota. Elle convoie illégalement 75 pèlerins, avec l’aval du commissaire général qui a laissé pourrir cette situation. On a sollicité son arbitrage, depuis le début, mais il nous a juste demandé de négocier entre nous et de trouver un consensus, alors qu’il était de son devoir de trancher’’, fulmine la partie plaignante.

L’affaire a atterri devant la justice

‘’C’est humiliant. Je vous jure que je suis prête à mourir si l’Etat ne prend pas en charge ce dossier. C’est déshonorant pour nous. Nous demandons au chef de l’Etat Macky Sall, à son Premier ministre Boun Abdallah Dionne et au ministre des Affaires étrangères, Mankeur Ndiaye d’intervenir. Les pèlerins ne méritent pas de voir leurs espoirs ruinés par la faute d’un voyagiste soutenu par le commissaire général, le Général Amadou Tidiane Dia’’, confie une des voyagistes. Elle a préféré requérir l’anonymat pour ne pas créer le trouble dans les rangs de ses clients. Déboussolée, elle veut saisir le Procureur de la République. La situation, dit elle, est intenable.

Car, après plusieurs interventions des organisations privées les plus représentatives, tels le Cophom et l’unophom pour faire rétablir le droit, l’imbroglio demeure. L’affaire est portée en justice. Le commissaire général a été relancé, à travers une correspondance en date du 3 septembre 2015, pour attirer son attention sur le désarroi de 35 pèlerins légalement inscrits. ‘’Henriette Dia est sur le point de s’envoler tranquillement avec 75 pèlerins dont 35 inscrits frauduleusement, hypothéquant le pèlerinage de 35 autres musulmans sénégalais qui n’ont commis aucune faute et qui ont rempli toutes les conditions pour accomplir un devoir divin, le cinquième pilier de l’islam. Si les voyagistes en veulent aussi au commissaire général, c’est parce que, disent-ils, leur structure a obtenu un quota délivré par ses services et qu’il ne leur a jamais été notifié d’arrêter d’inscrire leurs pèlerins pour cause de forclusion. ‘’Nous avons estimé juste de continuer notre travail‘’, disent-ils.

Une situation lourde de préjudice, dans la mesure où l’agence W. V. qui a déjà perdu une première réservation sur Turkish Airlines et payé des taxes, a résilié son contrat, ce 6 septembre, avec Emirates pour une réservation de 19 places et le reste pour le 12 septembre. Il est aussi en passe de perdre sa garantie pour l’hôtel Mawada, à hauteur de 10 millions de Fcfa.

Mme Henriette Dia : ‘’Faut voir avec le Général Dia’’

Interpellée, Mme Henriette Dia nous a simplement demandé de nous adresser au commissaire général, le Général Tidiane Dia. ‘’Je n’ai rien à vous dire. Faut voir avec le Général Dia’’, a-t-elle confié au téléphone. Faut dire que cette réaction surprend des voyagistes privés étonnés d’apprendre que le commissaire a finalement donné l’autorisation à Mme Henriette Dia de s’attribuer illégalement le quota d’un de ses partenaires.

Pour sa part, l’islamologue Cheikh Bamba Dioum, qui suit de près l’affaire, tient à rappeler qu’il a tenté de les rapprocher, en proposant un compromis devant le leader de l’organisation à laquelle est affiliée Mme Henriette Dia. ‘’Mais elle ne s’est pas présentée, malgré son accord de principe’’. Le président de l’Unophom, qui réunit 70% des voyagistes privés, a aussi tenté de réconcilier les deux partenaires. Il déplore, comme d’autres, que le commissariat général n’ait pas été, dans ce dossier, à la hauteur des attentes. Il est reproché au commissaire général d’avoir passé outre la jurisprudence, dans la mesure où, il n’a jamais notifié par écrit à la partie plaignante qu’il lui retirait son quota. ‘’Celle-ci a continué à inscrire des pèlerins légalement.’’

En attendant que l’Etat se penche sur ce dossier, des pèlerins ne dorment plus du sommeil des justes….

ENCADRE

CHEIKH ABDOU NDIAYE, DAF DU COMMISSARIAT GENERAL

‘’Le Général Dia prendra toutes ses responsabilités dans ce dossier’’

Rencontré hier, dans son bureau, malgré les derniers réglages à apporter avant que le premier vol pour La Mecque ne décolle, le directeur administratif et financier du commissariat général au Pèlerinage aux Lieux saints de l’Islam s’est entretenu avec EnQuête en toute sérénité.

A l’en croire, il n’y a pas lieu de dramatiser. ‘’Je suis étonné d’apprendre que Mme Henriette Dia est partie avec 75 pèlerins. Je m’inscris en porte-à-faux avec ceux qui disent qu’elle a l’autorisation du Général Dia. Il est décidé à prendre toutes ses responsabilités dans ce dossier. Au retour de La Mecque, il sanctionnera tous les voyagistes privés qui ont violé les textes.’’ Pour M. Cheikh Abdou Ndiaye, ‘’tous les pèlerins inscrits légalement n’ont pas à s’inquiéter, ils auront leur visa et effectueront leur hadj, pourvu que les voyagistes privés prouvent qu’ils sont en règle. Toutes les dispositions seront prises pour qu’aucun pèlerin ne soit laissé en rade cette année.’’, tient-il à rassurer.

Revenant sur ce feuilleton brumeux, le DAF souligne que le commissaire général ne peut être mêlé à cette histoire. ‘’Pour permettre aux missions qui ne sont pas en mesure de réunir au minimum 50 pèlerins, l’Arabie Saoudite leur a demandé de s’organiser en regroupements.

Des privés s’associent. Il y a quelqu’un qui est désigné leader du groupe. Il signe et effectue toutes les tâches administratives au nom du groupe. Ils font une répartition du quota en fonction du prorata’’. Pour ce dossier, ils se sont regroupés à trois, rappelle-t-il, Henriette Dia a été choisie pour être leader du groupe. ‘’Elle est venue nous voir, par la suite, pour nous dire qu’elle était dans l’obligation d’effectuer toutes les démarches administratives, dans la mesure où un des associés refusait de cotiser. Elle disait qu’il n’a ni participé ni amené des pèlerins. Quand l’autre partie nous a saisi, nous leur avons demandé de régler le problème à l’amiable, comme stipulé dans le protocole d’accord. Il est mentionné qu’en cas de différend, le règlement à l’amiable sera privilégié.’’

Toujours est-il que le même document souligne que ‘’s’ils ne parviennent pas à régler le problème, 15 jours après, la partie plaignante peut soumettre une notification aux autorités compétentes.’’ Une précision de M. Cheikh Abdou Ndiaye qui souligne : ‘’Nous ne pouvons pas savoir qu’elle était partie avec plus de pèlerins que prévu, car elle a voyagé au nom d’un regroupement. Le commissaire général prendra des mesures fermes’’. Il ajoute également que d’ici quelques années, tous ces problèmes seront rangés aux oubliettes, grâce au portail électronique qui est en train de révolutionner le secteur avec une plus grande transparence dans la gestion du Hadj.
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