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Stratégie de démentèlement de l’opposition : La Macky formula
Publié le mercredi 26 aout 2015  |  Le Quotidien
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© Autre presse par DR
Le députe Djibo Kâ




Macky Sall signe un gros coup dans sa tentative de démanteler l’opposition. En accueillant Djibo Kâ, le président de la République chipe un membre important de la coalition formée par Decroix, Oumar Sarr, Idrissa Seck, Abdoulaye Baldé, Pape Diop et autres. Cette technique du diviser pour conserver le pouvoir a été aussi utilisée par ses prédécesseurs, notamment Wade.

«Mon rôle est de tout faire pour réduire l’opposition à sa plus simple expression.» C’était l’une des déclarations fortes de Macky Sall, lors de son face à face avec la presse à Kaffrine, le 16 avril dernier. Le chef de l’Etat et de l’Apr justifiait ainsi son apologie de la transhumance, un moyen d’obtenir un second mandat. Au-delà de ce coup dur à la question éthique qui devrait prévaloir, le ralliement de Djibo Ka au camp présidentiel, qui a ému l’opinion, est justement ce vœu -pas seulement pieux finalement- de réduire les potentiels adversaires à leur «plus simple expression». Il s’agit également pour le Président, en quête d’un second bail, de mettre un pied dans cette fourmilière du «Grand rassemblement» formé en mai dernier par Mamadou Diop Decroix (Aj/Pads), Idrissa Seck (Rewmi), Oumar Sarr (Pds), Abdoulaye Baldé (Ucs), Pape Diop (Bokk gis gis), Cheikh Bamba Dièye (Fsd/Bj) et Djibo Kâ (Urd). Un front en gestation qui pourrait peser lourd dans la balance. Il fallait alors, non pas parce que le leader de l’Urd, un poids plume dans la «coalition des coalitions», peut apporter grand-chose au grenier électoral, mais parce qu’il faut diviser pour régner. C’est un grand pas pour Macky Sall. Et, dans la bataille psychologique, cela peut contribuer à démotiver le groupe des opposants.

Macky et la Wade-Formula
Il se posera désormais, sans doute, chaque fois que le groupe de Decroix se réunira, une question : «Qui après Djibo ?» Seulement, ce serait naïf de croire que Idy et Cie s’avoueront vaincus. Ils ne douteront plus que Macky Sall cherche à avoir des actions dans cette entreprise de construction d’une alternance à son régime. Abdoulaye Wade avait réussi, en 2004, après le départ de Idrissa Seck de la Primature, à disloquer les forces du Cpc (Cadre permanent de concertation), en cooptant le même Djibo Ka dans son gouvernement, laissant Tanor, Niasse, Dansokho et autres repartir à… zéro. En février 2007, le «Pape du Sopi» avait aussi réussi à tuer dans l’œuf, la coalition Jamm-j en passant par Idrissa Seck, un nouvel allié -de circonstance- fraîchement sorti de prison et à la grosse envie de prendre sa revanche. Le leader de Rewmi, allié du Ps, de la Ld/Mpt, fera ainsi faux bond à Tanor et Bathily en répondant à l’appel de Wade. «Idrissa Seck était venu dans l’opposition dans le cadre de la coalition Jamm-ji. Il est retourné au Pds. C’est donc terminé. Nous combattons le Pds. Comment peut-on s’allier avec quelqu’un qui retourne à la maison Pds que nous voulons effacer de l’horizon sénégalais ?», avait declaré Bathily. Mais c’est une leçon bien sue par les politiques, puisqu’avant Wade et Macky, Diouf avait tenté le coup en 2000 en suppliant un Djibo Ka crédité d’une bonne représentativité avec son score de 11 députés aux Lé­gislatives de 1998. C’est le fameux virage du 14 mars lorsque le leader de l’Urd a trahi le pacte du choix du mieux placé au second tour. La politique est ainsi faite que le pouvoir cherchera toujours à affaiblir les forces en puissance.
Macky Sall doit la bonne espérance de vie de sa majorité à la technique séduisante du «gouver­ner ensemble»; à la tactique contraignante du partage du bilan ; à la ruse menaçante du «si ce n’est pas toi, ce sont les autres». Que l’élève sait si bien reciter la leçon du maître ! Abdoulaye Wade a vécu le «gagner ensemble et gouverner ensemble» sans en faire un slogan. Et de façon éphémère. Lorsque Niasse et ses 17% avec Dansokho, Madior Diouf et autres l’ont accompagné en 2000, il les a tous bousculés vers la porte de sortie. Pour recoller les morceaux avec des Socialistes. Le Président de la première alternance aura ainsi gagné en dégarnissant les rangs de Tanor, obligé de relooker son parti. Mais en meme temps, il aura créé des forces de l’opposition qui rejoindront le Ps, au point de le faire trembler en 2007, même s’il a été réélu dès le premier tour. Macky Sall redoute justement l’étoffe d’un rassemblement de ses potentiels adversaries : un Idy maître de Thiès, un Baldé patron de Ziguinchor, un Karim Wade qui voudrait compter sur une «victimisation» par ses déboires judicia­ries, etc.

La cible Pds
Après avoir décimé le parti Rewmi avec l’adhésion de Pape Diouf, Oumar Guèye, Youssou Diagne, entre autres, à la mouvance présidentielle, Macky Sall déroule lentement et sûrement son plan. C’est une sorte de paravent contre d’éventuelles candidatures des alliés de Benno bokk yaakaar (Bby). Aujourd’hui le Parti de Abdoulaye Wade est quelque peu affaibli par ses contradictions internes avec la fronde encore actuelle de Modou Diagne Fada et Cie. Sans doute, Macky se disputera l’héritage ou les frustrés libéraux avec l’«actionnaire majoritaire» autoproclamé, Idrissa Seck. Et en tant que parti au pouvoir, le président de l’Apr a l’avantage du «mieux offrant» pour négocier avec les «Refondateurs» du Pds. De même, Souleymane Ndéné Ndiaye, qui a lancé son parti, est un «client» pour le chef de l’Etat qui ne se gênerait pas de solliciter plus l’«ami» que l’adversaire, même si l’ancien Premier ministre a déjà déclaré sa candidature. Le test des retrouvailles des anciens camarades de chambre lors de la visite mouvementée du Président à l’Ucad peut autoriser un meilleur rapprochement entre les deux.

L’équation Ps
La logique de Macky Sall est préventive. La probabilité d’un candidat du Parti socialiste, qui ne serait pas lui-même, le sortant, lui dicte des retrouvailles avec ses anciens compagnons du Pds ou les groupes qui tentent de se former. Un divorce-surprise pourrait, en effet, chambouler l’agenda des réformes constitutionnelles et institutionnelles prévues en 2016 au nom de la realpolitik. Car il faudrait plus de temps pour réorganiser «l’armée» de 2017 en recrutant dans les troupes en attente de convocation. Et bien sûr, la transhumance a de beaux jours devant elle au marché de la Présidentielle. C’est dire que le slogan «gagner ensemble et gouverner ensemble» ne s’arrêterait pas à Benno bokk yaakaar. Il prévaudra aussi pour la quête du second et dernier mandat.

Transhumance du leader de l’Urd
«Djibo Kâ devrait être la première autorité à donner l’exemple»
A l’occasion de leur rencontre, les Jeunesses socialistes de Dakar ont évoqué le ralliement de Djibo Kâ à la coalition au pouvoir. Leur leader, Seydina Issa Laye Sambe, estime que les hommes politiques doivent cultiver un certain nombre de valeurs. «Nous appelons tous les Sénégalais à s’identifier à une idéologie politique, qu’elle soit socialiste ou libérale. Il faut éviter la transhumance. Cela décrédibilise les politiciens. Une République ne se construit que sur des principes et des valeurs», soutient M. Sambe, pour qui, «Djibo Kâ devrait être la première autorité de ce pays à donner l’exemple».
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