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Promiscuité, cellules surpeuplées, absence de toilettes..: La dure vie des pensionnaires de la prison de Kolda
Publié le jeudi 6 aout 2015  |  Enquête Plus
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© Autre presse
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Absence de toilettes dans certaines cellules, promiscuité, insuffisance de médecins, odeur nauséabonde, cellules surpeuplées, nourriture pauvre, insalubrité…, voilà les maux dont souffrent les prisonniers de la Maison d’Arrêt et de Correction (MAC) de Kolda construite, dit-on, en 1910.



Un soleil d’enfer darde ses rayons sur les rares passants. En ce début d’après-midi, outre la chaleur torride, un vacarme impressionnant règne dans la Maison d’Arrêt et de Correction (MAC) de Kolda. A l’entrée de la prison de Kolda, le visiteur est accueilli par des gardiens qui veillent au grain. Dans l’unique cour, des dizaines de bidons, de bols et d’assiettes gisent çà et là, à même le sol. Le visiteur est happé par les odeurs nauséabondes à couper le souffle issues des eaux usées qui proviennent des toilettes vétustes.

Certains pensionnaires de la Mac ont des yeux braqués sur l’unique écran de télévision installé sous le hangar, au milieu de la cour. D’autres jouent à la belotte pour se détendre et oublier leur stress. Parmi ces visages tantôt souriants, tantôt fermés, il est difficile de distinguer le condamné du prévenu. Des cafards et des souris se faufilent attirés par l’odeur des restes de nourriture déposés à côté des toilettes. « Je préfère rester ici pour suivre la télévision », déclare un prisonnier trouvé dans sa cellule, le regard vide.

Le secteur des prévenus

Dans le secteur des prévenus, ils sont entre 10 et 20 pensionnaires par cellule. Il y en a cinq (5). Les pensionnaires sont contraints de faire leurs besoins dans des pots de chambre, devant leurs compagnons, les cellules ne disposant pas de toilettes. A la tombée de la nuit, chaque cellule est dotée d’un pot de chambre pour permettre aux prévenus de faire leurs besoins. « Les détenus ne sont pas autorisés à sortir la nuit pour aller dans les toilettes. Parce qu’ils peuvent, à tout moment, s’évader ou semer le trouble. C’est pour cela que nous les obligeons, sur instruction de l’administration, de faire leurs besoins primaires dans les seaux, pendant la nuit », confie un des agents de l’administration pénitentiaire.

Cette situation irrite les détenus. C’est le cas de Bouba Diao, âgé de 60 ans, poursuivi pour vol de bétail. Trouvé dans sa cellule, il fulmine : « L’administration ne nous respecte pas. Comment peut-on nous mettre dans des conditions si pénibles ? Nous ne respirons que l’odeur nauséabonde des urines et des selles, durant toute la nuit. Car, même si les pots sont remplis, ils restent dans les chambres jusqu’au matin». Dans la même veine, Samba Baldé, un autre détenu, ajoute : «Nous pouvons contracter des maladies. Nous demandons à l’Etat de revoir la situation de la prison de Kolda. Nous ne vivons que le pire. Ces urines et ces selles mises dans des récipients sont transportées, le matin, vers les toilettes externes par nous-mêmes.»

Dans ce secteur de la prison, il y a une cellule disciplinaire réservée aux prévenus indisciplinés qui troublent la quiétude de leurs coprévenus.

Le secteur des condamnés

Ensuite, cap sur le secteur des condamnés. Ici aussi, le décor ne paye pas de mine. Des fissures sont visibles partout. La dalle ne tient plus. Les condamnés sont répartis dans cinq chambres (11, 12, 13,14 et 15). Chaque cellule en compte au moins une dizaine. Une chaleur torride règne dans les cellules, malgré les ventilos accrochés au mur. « En cette période de l’année, les cellules sont inondées, lorsqu’il pleut. Nous restons debout jusqu’au lever du soleil, afin de pouvoir sortir », révèle Sény Faty, un prisonnier. En plus, des toilettes installées dans les cellules se dégage une odeur écœurante qui oblige le visiteur à se boucher le nez.

« Vous voyez comment nous vivons ici. On dirait que nous ne sommes pas des êtres humains », confie Ali Diao. Son compagnon de cellule, Boubacar Diallo, ajoute : « Nous dormons pratiquement à quatre par matelas. Nous étouffons. L’air provenant des toilettes est irrespirable. Vous voyez, les latrines sont remplies de selles qui polluent l’air». L’une des chambres est réservée aux malades. Le secteur des condamnés est d’une saleté repoussante, contrairement au quartier des femmes où on ne voit pas l'ombre d'un papier ou d'immondice dans le couloir.

Le quartier des femmes

Le contraste est saisissant entre le quartier des femmes et le reste de la prison. Elles sont solidaires, disciplinées et propres. Pas l'ombre d'un papier ou d'immondice dans le couloir. Chaque matin, elles nettoient entièrement leurs cellules, les toilettes, les cellules et la cour. A les en croire, toute personne qui ne respecte pas les règles d’hygiène est exposée à des sanctions disciplinaires.

Dans les cellules, chaque détenue dispose d'un lit. Toutefois, lorsque le nombre de prisonnières est élevé, elles sont alors obligées de partager les couches. Mais ces pensionnaires ne sont pas satisfaites de leurs conditions de détention. Hormis la télévision, elles n'ont pas d'autres sources de divertissement. La plupart d’entre elles sont poursuivies pour infanticide, vol, coup et blessures volontaires (CBV). Même son de cloche dans le quartier des mineurs.

Opération coup de poing

La prison de Kolda dépasse aujourd’hui sa capacité d’accueil qui est de 250. Cela est dû en partie à l’opération coup de poing, lancée le 17 juin dernier par les éléments du Commissariat Urbain de Kolda, qui entre dans le cadre de la lutte contre la drogue. Une dizaine de trafiquants ont été arrêtés par la police. «Cette opération va continuer jusqu’à ce que l’on constate qu’il y a une éradication totale du trafic de drogue dans la région de Kolda. Tous les moyens sont disponibles pour traquer ces vendeurs de poison. Car ils sont nuisibles à la société », martèle le commissaire de police Ousmane Diédhiou.

Il y a aussi l’opération combinée de l’armée, de la gendarmerie et des Eaux et Forêts pour traquer les trafiquants de bois. Ces deux derniers mois, une dizaine de trafiquants ont également été arrêtés et mis en prison. « Nous continuons à multiplier les opérations de sécurisation, pour protéger les ressources et préserver notre environnement », explique l’inspecteur régional des Eaux et Forêts, le colonel Alé Seck. A propos de ces arrestations, le substitut du Procureur près le tribunal régional de Kolda, Abdoulaye Diouf, renseigne que les trafiquants poursuivis pour cessation de drogue ont écopé d’une peine allant de deux à cinq ans. Tandis que les trafiquants de bois, qui collaborent avec les étrangers, sont condamnés à des peines de six mois à deux ans d’emprisonnement ferme.

Le suivi médical

Tous les détenus subissent un examen médical lorsqu’ils arrivent à la prison, révèle un des infirmiers. Ils font aussi un test pour le VIH et la tuberculose, deux maladies qui prolifèrent en prison. « Le suivi médical est maintenant plus strict dans la prison. Les détenus sont suivis régulièrement, à cause des cellules surpeuplées. Le fait de vivre à 10 ou 20 personnes par cellule complique les choses et les maladies se transmettent plus rapidement », dit-il. L’infirmier renseigne que la salle d’hospitalisation ne dispose que de quatre lits. Il tempère en révélant que la situation s’est améliorée. « Il y a quelques années, les malades restaient avec les autres prisonniers. Mais, aujourd’hui, ils sont isolés dans des cellules réservées uniquement aux malades ».

Pauvre ration pour les prisonniers

Dans un hangar à l’intérieur de la prison, quatre jeunes gens s’activent autour des marmites. Régulièrement, ces cordons bleus ouvrent chaque marmite pour y ajouter de l’eau ou apprécier le niveau de la cuisson. Un peu plus tard, arrive l’heure du repas. Au menu : du riz et de la sauce d’arachides. Une file de prisonniers se forme instantanément, sous le bruit des plats, des cuillères et des fourchettes. « Vous voyez, il n’y a pas de poisson ni de viande. C’est comme ça qu’on vit ici. Nous mangeons des plats très pauvres. Nous autres qui venons de loin sommes obligés de quémander les restes des plats de nos co-prisonniers qui ont des parents ici », se plaint Samba Baldé. Interrogé sur la raison de la fermeture du jardin, l’un des agents de l’administration pénitentiaire explique qu’il était une source d’évasion des prisonniers.

Cependant, les pensionnaires de la MAC de Kolda peuvent espérer une amélioration de leurs conditions de détention. Car une visite d’inspection a été faite, la semaine dernière, par une mission envoyée par le ministère de la Justice dont l’objectif était de constater les dysfonctionnements de la prison. Toutefois, sur toutes ces questions liées aux conditions de vie des prisonniers et les dysfonctionnements notés dans la MAC, le directeur Yankhoba Dembélé n’a pas voulu apporter des explications. Il soutient qu’il n’est pas autorisé à livrer des informations à la presse.
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