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Amath Dansokho, minsitre d’État: ‘‘Je n’ai rien dit qui mérite cette polémique’’
Publié le mercredi 10 juin 2015  |  Enquête Plus
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© aDakar.com par DF
Le XVe Sommet de la Francophonie s`est ouvert ce matin à Dakar
Dakar, le 29 Novembre 2014 - Le sommet de la Francophonie s`est ouverte ce matin au centre International de Conférence de Diamniadio. Le président Macky Sall, en compagnie de Abdou Diouf, a accueilli ses hôtes. Photo: Amath Dansokho, Ancien leader du PIT, ministre d`État




La polémique née de la dernière interview accordée à l’Observateur, par le Président d’honneur du Parti de l’indépendance et du travail (Pit) révèle-t-elle un déficit de communication entre les acteurs politiques de la majorité présidentielle ? Pour le ministre d’Etat Amath Dansokho, rien dans ses propos ne mérite une telle levée de boucliers. Il revient sur ses propos pour préciser le contexte de leur émission. Surpris par ces attaques ? Amath Dansokho l’avoue tout en jetant des cailloux dans le jardin de ceux qui ne voudraient point le voir dans le gouvernement. L’occasion faisant le larron, il revient sur les circonstances de son limogeage en 2001 du gouvernement, évoque l’avenir de Benno Bokk Yaakaar et explique pourquoi il invite aujourd’hui à la prudence par rapport aux dangers qui guettent, non pas précisément le régime de Macky Sall, mais le pays…



Vous êtes depuis quelques jours sous le feu de critiques frontales de vos alliés de l’Alliance pour la République (Apr). Comment avez-vous accueilli celles-ci ?

Je dois dire que je suis étonné que les gens me créditent de certaines opinions. Les gens qui me connaissent bien savent que je ne suis pas du genre à fuir ses devoirs ou à ne pas assumer ses responsabilités. Mes positions sont connues et je n’ai pas besoin de les réciter comme dans un cours. J’ai toujours soutenu que la victoire du Président Macky Sall a été une victoire pour le Sénégal. Je me suis toujours battu, malgré mon état de santé, pour dire que sa victoire doit être défendue.

J’ai toujours dit que c’est un homme sérieux au travail, organisé, maître de ses dossiers et d’une capacité de travail exceptionnelle. Je l’ai dit et répété. Dimanche dernier, à Thiès, je suis revenu sur ces questions avant même toute cette histoire. J’ai par exemple dit que ce qui est en cours dans l’agriculture au Sénégal, est bon pour les populations. C’est une conviction chez moi. Pour la première fois, des financements conséquents ont été mobilisés pour la production de riz et d’autres activités agricoles. Et je suis convaincu que le plan du Sénégal sur l’autosuffisance alimentaire est une question stratégique qui est bien traitée parce qu’il faut savoir que l’importation de riz va devenir de plus en plus chère.

La Chine et son milliard et demi d’hommes est devenue importatrice de riz provenant des mêmes zones où nous nous approvisionnons. Même l’Inde est dans la voie de l’importation de riz. Comment pourrions-nous nous nourrir dans l’avenir si nous ne produisons pas assez de riz ? Donc le programme sur l’autosuffisance est original et positif pour les populations. Et je suis convaincu qu’en allégeant les conditions de vie des paysans, on allège du coup les charges qui pèsent sur les salaires urbains parce que la solidarité aidant, sur chaque salaire sont accrochées sept personnes. Ce serait donc une avancée sociale majeure si on parvient à enlever cela. Je ne parle même de la couverture médicale universelle et des bourses sociales.

Vos alliés de l’Apr ont pensé que vous êtes allés trop loin en déclarant que ‘’le pays est en danger’’ alors que vous êtes ministre d’Etat…

Là, ce n’est pas de mon fait. Vous savez, si vous sortez une phrase de son contexte, cela peut donner souvent des résultats effarants. J’ai parlé du contexte international tendu où des guerres éclatent partout, où on ne sait pas où tout cela va conduire. Vous savez, toutes les crises économiques majeures se sont traduites par des guerres. Jusqu’à présent, entre grandes puissances, ils ont pu régler les problèmes, mais les guerres éclatent partout dans le monde.

Ce monde-ci, dans lequel nous vivons, n’a jamais connu autant de morts depuis la Seconde Guerre mondiale. J’ai donc dit qu’il faut faire attention ; que le monde est fragile, que nous vivons dans ce monde-là et qu’en tant que tel, nous en subissons les soubresauts. Ce qui se passe dans la sous-région ne doit réjouir personne. Nous sommes en danger parce qu’il y a des forces à l’intérieur du Sénégal qui travaillent pour déporter des voies de développement civilisées vers les chemins sinueux de la violence.

Vous attendiez-vous à de telles attaques ?

Je ne m’y attendais pas du tout. Dès le lendemain des élections, on nous a pilonnés d’attaques disant que Benno était inutile. Est-ce que c’est sorti de ma bouche ? Ce n’est pas venu de ma bouche, c’est venu d’eux. Et le Président lui-même a demandé d’arrêter ce discours.

Qu’est-ce qui explique, selon vous, ce discours ?

Mais alors, je ne le comprends pas. Peut-être qu’il y a des gens qui pensent que je suis de trop dans le gouvernement. Mais cela, ce n’est pas une surprise parce que je le savais dès le début. Je connais les tenants de ce courant au sein du gouvernement. Mais j’ai dit du bien de l’Apr. J’ai dit dans mon interview qu’on a censurée qu’il y a un travail en cours, des mutations que les gens ne voient pas mais qui sont en cours. Des mutations politiques que le landerneau politique de Dakar est incapable de voir parce que c’est la politique de l’Autruche. J’ai dit qu’avec cette réforme administrative à laquelle nous assistons, il y a des jeunes cadres qui sont promus. C’est là que j’ai précisé qu’il faut faire attention. Il y a sans doute des avancées pour la relève politique que les hommes politiques ne suivent pas.

J’ai dit qu’à l’Apr, ils ont de jeunes cadres qui ne sont pas encore expérimentés, mais que ça ira très vite puisqu’ils ont des capacités intellectuelles. J’ai d’ailleurs relevé dans la même veine qu’Abdoulaye Wade ne savait pas faire un décret lorsqu’il arrivait au pouvoir. Il ne savait même pas comment désigner un Président de conseil d’administration. Et c’est Oumar Khassimou Dia qui lui a dit un jour : ‘’C’est vrai que c’est vous qui prenez le décret, mais il faut d’abord passer par un conseil d’administration.’’ J’ai dit que les jeunes qui sont là vont apprendre très vite. Quel mal y a-t-il à dire cela ? Par contre, je dis qu’ils m’amusent quand je les vois passer leur temps à se chamailler dans des querelles de postes, en disant d’ailleurs que nous ne servons à rien. Et ensuite, on vient me dire que Dansokho veut faire exploser le Benno. Par quel mécanisme le ferais-je ?

Pour vous, il n’y a donc pas de quoi fouetter un chat ?

Vous pensez donc que Moustapha Niasse est un robot que je peux manipuler à ma guise. Est-ce que je peux influer moi sur les positions d’Ousmane Tanor Dieng pour le mener dans des aventures ?… C’est puéril. Ce que j’ai dit sur le Ps, il faut d’ailleurs que je le précise. Lors du premier gouvernement de l’alternance, je parle sous le contrôle de Landing, Abdoulaye Bathily etc., Moustapha Niasse et Decroix. Nous étions assis sur la même table pour construire le gouvernement au Palais.

Lorsqu’on a fini, je leur ai dit, à leur grande surprise : ‘’Il faut qu’on travaille sérieusement, le Parti socialiste n’est pas mort. Il ne mourra pas. Il est assommé en ce moment. Il ne mourra pas parce qu’il a des racines profondes dans ce pays, mais aussi parce que c’est le fils aîné de l’internationale socialiste en Afrique. Et puis, il faut savoir qu’en Afrique, les gens comparent toujours aujourd’hui et hier. Rarement aujourd’hui à ce qui est possible demain. Un adage wolof dit : ‘’Si tu ne sais pas où tu vas, tu retournes d’où tu viens.’’ Moi, j’essaie de réfléchir sur la matière politique et je tire toujours des leçons de l’expérience.

Mais lorsque vous tenez de tels propos après une rencontre avec Me Ousmane Ngom, alors que Me Wade lui-même se rendait au domicile de ce dernier au point que certains ont parlé d’un télescopage évité de justesse…

(Il coupe). J’étais au festival de Saint-Louis. Ousmane Ngom m’avait invité à Saly, à déjeuner avec lui. Mon projet était de quitter avec lui, de passer par Popenguine parce que j’y vais chaque année, et me rendre enfin à Saly. Ousmane Ngom m’a attendu là-bas mais je ne suis pas venu parce que j’étais fatigué. Et je lui ai promis le dimanche suivant d’aller le voir. Je suis allé au meeting de Thiès dont je viens de parler où j’ai défendu justement le travail du Président. Ousmane me dit, ‘’Amath, si tu étais passé dix minutes avant, tu aurais trouvé Me Wade.

Qu’est-ce que je peux faire contre ça ? Et puis quoi ? Moi je ne suis pas en guerre de religion. Même ma carte du Pit ne ressort pas de la religion. Je discute avec tout le monde. J’ai une approche profane, laïque de la politique. Tout le monde vient ici. Et à chaque fois que j’ai discuté avec des gens, j’en ai rendu compte au Président. La dernière fois, c’était au lendemain de ma rencontre manquée avec Me Abdoulaye Wade. Il sait que je rencontre tout le monde. Abdoulaye Wade habite à côté, je n’écarte pas qu’un jour, il débarque chez moi. Comment pourrais-je le lui interdire ? Nous sommes à la recherche de solutions. C’est tout ! Et nous ne sommes pas à la recherche de pouvoir (…).

Le fond du problème n’est-il pas lié à votre personnalité ? Vous ne mâchez pas vos mots, c’est connu, au point d’ailleurs que certains ont pensé au syndrome 2001…

2001, j’ai été limogé du gouvernement, c’était tout à fait normal. J’ai délibérément refusé les lubies qu’Abdoulaye Wade servait à chaque fois en conseil des ministres. J’ai aussi refusé la répression qu’il envisageait contre la CNTS. J’ai dit que je ne participerais pas à un gouvernement qui réprime les organisations des travailleurs. Lorsqu’il m’a interpellé, je lui ai répondu que sur toutes les questions sur lesquelles on n’est pas d’accord, mon parti le dira haut et fort.

2015 ne risque donc pas de faire revivre le même syndrome de 2001 ?

Mais je vous dis qu’il n’y a aucun problème. Je ne veux pas les blesser mais ce sont eux qui se sont gourés. Il n’y a aucune virgule dans mon interview qui est en faute. C’est une critique qui ne me concerne pas. C’est comme une goutte d’eau sur une dalle de marbre. Ils ont inventé un Amath Dansokho de leur souhait. Je ne polémique pas. C’est le Président qui m’a nommé. Je suis membre de son cabinet, je ne suis pas membre du gouvernement.

Il m’a fait l’honneur, en tant que membre de son cabinet, d’être la deuxième personnalité du gouvernement, après le Premier ministre. Je l’en remercie et quand je dois lui dire des choses, je délivre le message. Tout ce qu’ils ont fait, c’est illégal ; ils n’avaient pas à révéler ce qu’on dit au Conseil des ministres. Je voulais même demander que le Président m’autorise, puisque ce qu’ils ont fait est illégal. Ils n’avaient pas à évoquer les débats en conseil des ministres parce que c’est secret. Le Président le rappelle chaque jour. Mais on peut vérifier ce que je dis au Conseil. Le PSE, je suis d’accord sur toutes les lignes du PSE. Maintenant, il y a des sujets sur lesquels j’ai des opinions quand même. Je ne veux pas être le clone.

Quel est selon vous le destin de Benno Bokk Yaakaar ?

Par rapport aux raisons qui l’ont fondé, je pense qu’il n y a pas problème avec Benno Bokk Yaakaar.

Pour le moment ?

Ce que je dis, c’est que nous devons aller ensemble. Le pays est fragile. Tous les gens qui comprennent bien le savent. Encore une fois, cela ne veut pas dire que le mandat de Macky Sall est fragile. Personne ne le renversera. Celui qui le fera verra des troupes ici parce que le Sénégal n’est pas un pays ordinaire. Et il sera obligé de rendre le pouvoir. Comment donc je peux soutenir pour qu’il faut agréger les forces pour faire face aux périls et en même temps, vouloir faire exploser Benno ? Ce n’est pas cohérent. Le Benno est nécessaire. Surtout qu’on a une opposition qui a des ressources financières colossales. (Il insiste)… colossales. Une partie de l’origine de ces fonds est connue, pour l’autre partie, je ne sais pas. Je n’écarte aucune des filières de production de cette richesse. On le vérifiera très bientôt.
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