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Litige foncier de Wassadou : un ’’cas d’école’’ qui nécessite l’arbitrage de l’Etat
Publié le dimanche 24 mai 2015  |  Agence de Presse Sénégalaise




Wassadou - Les deux parties en conflit dans le cadre d'un litige foncier, opposant depuis 2009 des populations de Wassadou et environs à Gilbert Khayat, un Sénégalais d’origine libanaise, estiment que l’Etat est le seul à même d’apporter une solution à cette tension permanente.

Les parties impliquées dans le litige foncier opposant depuis 2009 des populations de Wassadou et environs à Gilbert Khayat, un Sénégalais d’origine libanaise, ont dit avoir convenu que "l'Etat est le seul à même d'apporter une solution" à ce conflit à l'origine d'une "tension permanente".

Depuis son retour à Wassadou (Tambacounda, est) en 2009, Gilbert Khayat a décidé de lancer un projet agricole - le Ranch de Ouassadou (RDO) -, sur les terres de son père et sur lequel se sont établis 14 villages, dont Wassadou Dépôt, siège de la ferme, et Wassadou village. Ce projet qui pourra créer des emplois, a-t-il dit, vise à fixer les jeunes du terroir et à encourager ceux qui sont partis à revenir.

Toutefois, une partie de la population continue de s'opposer à cette initiative, une façon de les déloger une seconde fois de leurs terres, ont-ils fait valoir.

Suite à de violents heurts, lors desquels deux tracteurs ont été endommagés et plusieurs employés de Khayat blessés, quatre parmi les responsables villageois ont été condamnés au terme d'un procès.

Dans les années 1970, l'Etat du Sénégal, dans le cadre d'un projet d'agrandissement du parc national du Niokolo-Koba, avait déplacé certains villages, pour les installer à Wassadou, à 60 km de Tambacounda le long de la route de Kédougou.

D'une superficie de 3.069 hectares, ces terres libérées étaient réparties entre sept titres fonciers datant de 1935 et qui abritaient par le passé une usine de traitement de fibre de sisal, qui avait fait faillite en 1955, avant d'être rachetée en 1958 par le père de Gilbert Khayat, à l'issue d'un appel d'offres international, raconte-t-il.

M. Khayat affirme être né sur ces terres et y avoir grandi, avant d'aller poursuivre ses études à Montréal, au Canada, d'où il est sorti ingénieur en génie civil.

Depuis six ans, son différend avec une partie de la population ressurgit à l'approche de chaque hivernage, chaque partie tentant de prendre les devants pour l'exploitation de ces terres. Une vingtaine de procès l'ayant opposé de cette manière à des gens ont été tranchés à sa faveur, dit-il.

La conseillère Sadio Sylla a de son côté relevé que Khayat a "trahi les espoirs des populations", quand il a commencé à abattre des manguiers, à détruire les champs de fonio et de riz d'une vieille dame. "Personne n'ose plus construire en dur par peur des humeurs de Khayat", a-t-elle ajouté.

Or, à son arrivée, il avait fait part aux chefs de village de ambition de "travailler avec tout le monde pour combattre la pauvreté".

"Chaque année, à l'approche de l'hivernage, on n'a pas la paix", a indiqué Bangaly Keïta, selon qui, 150 familles sont menacées de déguerpissement par Khayat.

"Plus de 200 hectares n'ont pas été cultivés depuis que la crise a éclaté en 2009", a renchéri Mamadou Sangaré, président du cadre de concertation de Wassadou, regroupant différents villages.

A cause de cette situation, une bonne partie des habitants village de Wassadou qui compte environ 2.000 âmes, sont exposés à la famine, témoignent certains.

"Aujourd'hui, on n'a pas mangé à midi chez moi et Dieu seul sait si on dînera", a par exemple déclaré Dieyla Diallo, habitant de Wassadou, s'adressant à une délégation du réseau de journalistes sur la gouvernance foncière, venue rencontrer les populations dans le cadre d'une visite de terrain organisée en collaboration avec l'ONG Actionaid.

"Aujourd'hui, on vit de dons et de crédit", a-t-il poursuivi, relevant qu'ils se trouvent désormais dans l’impossibilité de cultiver le mil, le maïs et les arachides qu'ils produisaient pour en vivre pendant huit mois de l’année.

Se gardant de s'en prendre à Khayyat, Mamadou Sangaré président du cadre de concertation, estime que l'Etat est ''le seul responsable dans cette affaire" et est donc le seul à pouvoir trouver une solution à ce différend.

Mamadou Bâ, chef du village de Wassadou village, compte aussi sur l'Etat pour qu'une solution soit trouvée. "C'est l'Etat qui est notre force, nous n'avons pas de force", a-t-il dit. "Nous demandons à l'Etat de nous aider", a indiqué le septuagénaire. "C'est l'Etat qui peut apporter la solution".

Installé dans la zone depuis les années 1980, M. Bâ affirme qu'il préfère mourir plutôt que d'être déplacé de cette zone où il exploite 10 hectares. Ses enfants ont déjà commencé les travaux de défrichage, en perspective de l'hivernage.

M. Khayat affirme pour sa part n'avoir de problème avec personne, se présentant plutôt comme "une victime à qu'on empêche de travailler" sur ses propres terres. Il dit avoir fait une proposition de sortie de crise à l'Etat, laquelle est restée jusque-là sans suite.

"Ce qu'on demande aux autorités, c'est un remembrement des superficies des villages pour mettre fin, à l'installation anarchique. On propose que 140 ha leur soient réservés". "A ce jour, aucune réaction n'a été notée", a-t-il regretté.

En 2012, lors d'une rencontre de conciliation à la primature, Khayat dit s'être vu proposer deux options au choix : soit une soulte, soit une expropriation. Or, il est "hors de question" pour lui d’accepter la première, arguant qu'un titre foncier ne saurait être échangé contre des permis d'occuper. L'expropriation, par contre, est du ressort de l’Etat qui peut en prendre l'initiative, mais doit suivre toute une procédure, a-t-il ajouté.

Toujours est-il que l'homme qui a aussi une nationalité française, est d'avis qu' "il n'y a pas de problème sans solution" et à l'instar de la partie adverse, il estime que la solution à la situation prévalant actuellement à Ouassadou, est entre les mains de l'Etat.

Il déplore le fait qu'année après année, "on retombe dans le même processus de sabotage" orchestré, selon lui, par "un groupuscule" opposé à son projet. Si bien qu'il n'a pu injecter que 600 millions du milliard qu'il devait investir en 2012.

De l'avis de Zacharia Sambakhé, responsable du plaidoyer à Actionaid, dans cette affaire, deux logiques de légalité et de légitimité s'affrontent.

La légalité est du côté de Khayat qui a tous les documents attestant de que le site convoité lui appartient, mais la légitimité est du côté des populations qui, depuis 40 ans, ont été installées par l'Etat sur ces terres dont elles tirent leur subsistance. Il pense que la réforme foncière en cours devrait prendre en charge ce cas d'école.

ADI/BK
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