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135ème édition de la commémoration : un appel, des figures
Publié le mercredi 20 mai 2015  |  Le Quotidien
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© aDakar.com par DF
La contribution des layènes dans la paix saluée
Dakar, le 2 Juin 2014- Le ministre de l’Intérieur, Abdoulaye Daouda Diallo, a salué, samedi, lors de la cérémonie officielle de la 134ème édition de l`Appel de Seydina Limamou Laye, le rôle des layènes dans la consolidation de l’unité et de la paix au Sénégal. M. Diallo était accompagné par une forte délégation officielle. Ont pris part à la cérémonie le maire de la ville de Dakar, Khalifa Ababacar Sall et la présidente de Conseil économique social et environnemental (CESE), Aminata Tall.




La vie d’un prophète n’est jamais un long fleuve tranquille. Et Seydina Limamou Laye en constitue une preuve. De son entourage à son peuple en passant par l’autorité coloniale, Baye Laye a dû faire face à toutes sortes de déviations dans son chemin. Dès les premières heures du 135ème anniversaire de son Appel, Le Quotidien vous dresse le parcours parsemé d’embûches du saint-homme. Le Mahdi pour les layènes.

Il caractérise, selon ses disciples, le retour annoncé du Mahdi. Un messager de Dieu incarnant le prophète Mahomed (Psl). Seydina Limamou Laye a passé à toute sa vie ou presque à tenter de prouver ce statut. A Yoff où il est né, le fondateur de la confrérie layène a parcouru un long chemin de croix. Même ses nombreux miracles (voir par ailleurs) n’auront pas toujours convaincu les habitants du village à l’époque très attaché à la coutume et à la tradition. Limamou Thiaw de son vrai nom, fils de Alassane Thiaw et de Coumba Ndoye, naquit à Yoff-Tonghor en 1843. Son enfance se déroula sans incident majeur. Cependant, il ne manqua guère d’attirer l’attention de son entourage par son comportement sociable, sa promptitude à rendre service, ses qualités morales, sa piété, son amour de la propreté, son hospitalité à l’égard des étrangers. Dès qu’il fut en âge de gagner sa vie, il orienta ses activités vers la pêche et l’agriculture comme tous les adolescents de son milieu. Lors de la saison des pluies qui les fixait au village, il s’activait dans les travaux champêtres, tandis qu’en saison sèche, il arrivait souvent au saint homme d’aller vers d’autres rivages où le poisson mordait mieux (à Saint-Louis, en Gambie...). A l’image du prophète Mahomed (Psl), Limamou ne fréquenta aucune école et demeura illettré toute sa vie.

A 40 ans, il dit incarner le retour du Mahdi
Déjà orphelin de père, Limamou venait d’atteindre ses quarante ans. Il perdit sa mère, une éminente servante de Dieu, dont la générosité et la piété étaient bien connues. Un deuil cruel qui le frappa. Et va changer la trajectoire de la vie du natif du quartier de Tonghor. Limamou Thiaw change de cap et de philosophie. Après trois jours de mutisme et d’isolement, que l’entourage attribua au bouleversement qu’il venait de subir, Limamou sortit un matin de dimanche 24 mai 1883 superbement drapé de trois pagnes blancs : l’un autour de la taille, l’autre sur les épaules, le troisième lui servant de turban. Il venait de tenir ce discours à la sœur de son père Adama Thiaw : «Ô ma tante, recouvre-moi de deux couvertures blanches et sache que Dieu t’a donné un fils qu’il n’a jamais donné à personne au monde.» A sa cousine Ndiaye Diaw, il avait dit : «Recouvre-moi de deux couvertures neuves et sache que Dieu t’a donné un cousin qu’il n’a jamais donné à personne au monde.»
Enveloppé dans ses pagnes, il déambula sur les collines, dans les ruelles et places publiques. A l’image d’un pèlerin arpentant la distance de la Mecque à Arafat, appelant à haute voix ses concitoyens, en une langue Wolof teintée d’un accent lébou : «Répondez à l’appel de Dieu, venez à moi, je suis le messager de Dieu, je suis le Mahdi qu’on attendait .... » Et il ne cessa plus de glorifier nuit et jour, publiquement et en privé, le Créateur Suprême prononçant constamment ses noms et attributs. De plus en plus, les réactions fusèrent de partout. Tout d’abord, ses proches parents furent sommés, par l’entourage, de soigner Limamou, considéré comme étant un malade qui mérite d’être entouré de soins. Naturellement, on pensa faire appel aux compétences des guérisseurs détenteurs d’autel de Rab. Son oncle est chargé de lui faire revenir à la raison. Pour mettre fin à ses supplications, Limamou lui avait dit : «Si tu veux me connaître, prépare une provision de voyage et va à la Mecque. Là, tu diras aux érudits : j’ai un neveu âgé de quarante ans, à l’extrême occident, il se dit messager de Dieu...»

Emprisonné 3 mois à Gorée
Avec ce changement subit de comportement, le saint homme va s’attirer les foudres de son peuple. Possédé, un malade sous l’emprise d’une sanction punitive infligée par les Rab (les esprits surnaturels en Wolof), les insanités populaires se succédaient au fil des jours. Décidé à accomplir sa mission de divulguer la parole divine, Seydina Limamou Laye poursuivait son chemin. Avec une telle approche, les chefs coutumiers voyaient en lui, une manière de désacraliser la tradition. Ainsi, ils mettent Limamou Laye en mal avec les autorités coloniales. Elles commencèrent à craindre son influence et voulurent le déporter loin du pays, plus précisément au Gabon mais sans succès. «L’effectif de ses fidèles commençait à avoisiner le nombre de 300. L’autorité coloniale diligenta une enquête sur les activités. Et de là commença les persécutions qui vont durer 3 ans», renseigne Seydina Issa Laye Diop, membre de la cellule de communication de l’Appel de Seydina Limamou Laye. Limamou fut emprisonné à Gorée pendant 3 mois avant de bénéficier d’un non-lieu lors de son jugement. A sa sortie, il séjourna 9 mois chez Tafsir Mbaye Sylla, ancien imam de la mosquée de Rufisque.

L’apogée
Limamou continua donc de prêcher. Une première satisfaction baigna son cœur meurtri par la vague de contestation : des membres de sa famille adhérèrent à sa doctrine. La première personne qui fit acte d’allégeance fut son épouse Faty Mbengue, mère de son fils-aîné Issa qui deviendra à sa disparition en 1909, son premier khalife. Momar Bineta Samb, fut le premier disciple de Seydina Limamou. Dès qu’il lança son Appel, du haut d’un monticule de sable, il alla à sa rencontre et veilla à le protéger. Il s’implanta devant la porte de la chambre où Limamou demeura quelques jours, avant de circuler parmi ses concitoyens. Nul n’osait s’approcher de lui, avec des intentions malveillantes, car Momar Bineta était un gaillard bien bâti que personne n’osait affronter.
Après ce fut le tour de Thierno Sarr Thiom d’aller répondre à l’Appel de Baye Laye et se ranger à ses côtés. M. Thiom fut obligé de déjouer la vigilance de ses proches parents qui s’opposaient fermement à ce projet. Il simule de voyager vers Ngor. Mais dès qu’il sortit du village, il prit un chemin détourné et alla vers Limamou. Momar Bineta le laissa entrer, et Limamou lui dit aussitôt : «Thierno tu es venu, eh bien Dieu n’a pas manqué à sa promesse.» Thierno Sarr lui offrit un superbe boubou que Limamou accepta. Il enleva les pagnes blancs qui l’enveloppaient, porta le boubou et dit à Thierno son nouveau fidèle : «Tu es la personne qui, le premier, me fait porter un vêtement après mon Appel, je te ferai porter ce que nulle personne ne possédera.» Un mois, jour pour jour, après son Appel, une éminente personnalité, Ababacar Sylla, qui assuma durant vingt-deux ans les fonctions d’imam de la grande mosquée et de juge du Tribunal musulman de Dakar, rejoignit Limamou et reconnut sa mission. Geste courageux car il savait ce qu’il lui en coûterait.
Désavoué par les autres notables de Dakar, il démissionna de toutes ses fonctions, leur disant avec une simplicité déroutante : «Chacun de vous a un ami parmi les Blancs et vous refusez que j’aie pour ami un homme de Dieu. Allez donc avec vos amis, je vais rejoindre le mien.» Coïncidence ou harmonie préétablie par le Tout-Puissant, il portait le même nom que la première personnalité qui reconnut la mission du prophète Mohamed (Psl). Comme son homologue de la Mecque, qui fut beau-père du Pro­phète, Ababacar Sylla donnera sa fille Touty en mariage à Limamou.
D’autres personnalités marquantes vinrent de l’intérieur du Sénégal, mues par la seule puissance de leur vision spirituelle ou par l’attraction irrésistible qui s’exerçait sur les esprits, la réputation grandissante de Limamou. Parmi eux, on notait Tafsir Ndické Wade, exégète du Coran, qui rejoignit Limamou, entraînant avec lui ses proches disciples qui le vénéraient. Selon le vieux Libasse Mboup, un fidèle mort en 1987, «c’est grâce aux prédictions de Tafsir Ndické que son père rejoignit Limamou. D’autres savants en islamologie, de grande réputation, s’étaient soumis à l’homme illettré, parmi eux Tafsir Ndialanda Guèye de Rufis­que, Tafsir Abdou Gaye, éminent grammairien et exégète du Coran, qui deviendra le secrétaire de Limamou, rédigeant en arabe ses sermons et sa correspondance qu’il exprimait en langue Wolof ; Cheikh Matar Lô, auteur d’un ouvrage rédigé en arabe sur la vie et l’œuvre de Seydina Limamou : (la traduction française de cet ouvrage se trouve dans le bulletin de l’Ifan, n’ 3 série B de Juillet 1972, et dans le livre Le Mahdi Seydina Mouhamadou Limamou Lâhi...) ; Tafsir Aboulaye Diallo, exégète du Coran, qui exerça les fonctions d’interprète dans l’administration coloniale française. Il sera arrêté et interné à l’île de Gorée, en même temps que Seydina Limamou ; Tafsir Abdou Gaye, exégète du Coran... On trouve une longue liste d’autres personnalités converties à la doctrine de Limamou dans l’ouvrage de Cheik Mamadou Mboup intitulé Le Diwan des layènes, (texte en arabe, déposé au Département de l’islam de l’Ifan).

Il combat comme les Rab
Le succès grandissant de Limamou ne pouvait laisser indifférents les maîtres et maîtresses du culte des Rab. Non seulement il condamnait les pratiques de ce culte, mais encore, des malades que les Rab ne parvenaient pas à soigner avec succès, guérissaient lorsque Limamou leur imposait ses saintes mains. Informés de ces faits, les Français diront dans leurs correspondances qu’il était doué de magnétisme (Lettre du 4 Septembre 1887, adressé par Cléret au directeur de l’Intérieur). En plus de la guérison des mala­des, Limamou chassait les démons qui subjuguaient les possédés. Selon Cheikh Makhtar Lô, «on entendait les démons s’éloigner en déclinant leur identité».
L’inquiétude grandissait chez les officiants du culte des Rab, puisqu’on constata que Limamou ne se contentait pas de combattre par la parole et par sa puissance spirituelle ce culte et ses serviteurs. Il alla plus loin, en faisant agir ses adeptes, qui détruisirent la fameuse «pierre fétiche» de Mpal (un village 33 km de la ville de Saint-Louis). Cette «pierre fétiche» s’appelait Mame Kantar, objet d’un culte païen. Sa destruction est mentionnée par le colon, qui était directeur des Affaires politiques à Saint-Louis, dans une correspondance adressée le 21 Juillet 1890 à l’Administrateur principal des Cercles de Dakar et Thiès. La missive dit en substance : «Limamou, marabout de Yoff, a dans Cercle de Saint Louis, un certain nombre de partisans qui font parler d’eux. Récemment, ils enlevaient la pierre fétiche de Mpal au grand émoi de la population...» Avant sa disparition en 1909, à l’âge de 66 ans, Seydina Limamou laissa un livre, divisé en six parties et connu sous le nom de Sermon, qu’il demanda à ses serviteurs de transmettre. Illettré, comme le prophète Mohamed, il ne l’avait pas écrit lui-même mais dicté en wolof à ses disciples, notamment Cheikh Makhtar Lô, qui se sont chargés de le traduire et de l’écrire en arabe.
Chahuté hier, l’Appel de Seydina Limamou Laye mobilise aujourd’hui des milliers de personnes. Et ils entonnent toujours en chœur cette prophétie de Baye Laye : «Adjibo dahiya laye ya marsaral ins wal djin ini raasouloulahi ileykoum («Venez à l’Appel de Dieu vous, hommes et djinns, je suis l’envoyé de Dieu. L’arabe blanc (Mohamed) s’est noirci.»)
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