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Le Quotidien N° 3567 du 23/12/2014

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L’avocat de Bibo Bourgi se prononce : Pape Laïty Ndiaye au Prétoire
Publié le mercredi 24 decembre 2014   |  Le Quotidien


Ibrahim
© Autre presse
Ibrahim Abou Khalil dit Bibou Bourgi est le principal co-accusé de Karim Wade dans la traque des biens mal acquis.
Ibrahim Abou Khalil dit Bibou Bourgi est le principal co-accusé de Karim Wade dans la traque des biens mal acquis. Il a été obligé de se présenter au tribunal sur une civière.


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S’exprimant à l’issue de la reprise hier du procès sur l’enrichissement illicite dont son client est l’un des coaccusés de karim Wade, l’avocat exprime ici sa satisfaction sur le retour de Bibo Bourgi et ses implications, et, sans vouloir refaire le procès hors du prétoire comme il le dit, donne son opinion sur la manière dont les choses devraient évoluer.

Votre client Bibo Bourgi est de retour à Dakar après un séjour en France pour se faire soigner. Pensez-vous que ce retour est susceptible d’aider à faire avancer le procès sur l’enrichissement illicite pour lequel il est inculpé par la Crei ?
On peut considérer que le retour de M. Ibrahima Aboukhalil – que je suis moi-même désormais plus ou moins habitué à appeler Bibo Bourgi - sera un des tournants du procès. Sans rentrer dans les détails, parce que je dois scrupuleusement respecter la règle qui veut que le procès se déroule au prétoire et non pas dans les médias, même si quelque fois je dois me résigner à quelques entorses, je dirais que, sous cette réserve, il faudrait dire que le principal souci de la défense était que le procès soit équitable pour tous les prévenus. L’équité passe d’abord par le caractère contradictoire des débats à l’égard de tous. On se trouvait jusqu’ici, pour ainsi dire, dans une forme d’étau. Car d’une part, Bibo Bourgi n’était pas là pour assister aux débats oraux et préparer sa propre défense de façon optimale. Vous savez qu’en matière pénale, le principe c’est l’oralité des débats. D’autre part, ses co-prévenus ne pouvaient pas aller très loin dans les explications en son absence. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs la défense, que je représente aux côtés de Mes Baboucar Cissé, Moïse Ndior et Corinne Dreyfus-Schmidt, avait demandé la suspension des débats et l’ajournement du procès. La Cour n’avait pas accédé à notre demande, ce dont nous avions pris acte. Aujourd’hui que Bibo est là, l’une des principales préoccupations de la défense peut être prise en compte, et c’est cela que j’appelle un tournant.

Venons-en un peu au plan personnel. Quel a été votre sentiment quand votre client a débarqué à Dakar ? Vous êtes-vous senti soulagé, vu qu’il y avait tant de spéculations sur le fait que peut-être n’allait-il pas revenir ? Et subsidiairement, s’agissant de sa santé ; est-il maintenant en mesure, selon vous, de suivre la procédure sans que l’on craigne une nouvelle interruption ?
Mon sentiment personnel est un mélange de soulagement et de fierté. Soulagement, parce que je rappelle que M. Bibo Bourgi est sérieusement malade, et cela n’est pas une théorie bâtie par la défense, mais une réalité constatée et actée par des médecins sénégalais, et j’allais dire, par des sommités de notre corps médical. Ils l’ont constaté et acté dans des rapports qui sont dans le dossier. Nous, de la défense de Bourgi, nous nous sommes dans un premier temps réjoui de la décision de la Cour de l’autoriser à se rendre en France pour se soigner. Nous en savons gré à la Cour, et tant nous les avocats que notre client, nous l’avons dit au président et à ses assesseurs. Nous nous sommes ensuite réjouis de le voir revenir en meilleure forme. Même si comme vous pouvez le deviner, deux mois et demi de soins, même intensifs, ne suffisent pas pour résorber tout le retard de deux ans et demi pris par notre client sur le plan de ses soins. Souffrez que je n’en dise pas plus. Le deuxième sentiment, c’est de la fierté, tant pour notre client que pour nous-mêmes. Nous avons dit en conférence de presse, nous l’avons dit devant la Cour, nous avons clamé partout que notre client était malade, qu’il devait se soigner, mais surtout, qu’il allait revenir. Notre client lui-même, beaucoup l’ignorent, a paraphé deux engagements écrits, promettant à la Cour de revenir dès que son état de santé le permettrait. D’aucuns ne nous ont pas cru ; c’est leur droit. Mais ils doivent aujourd’hui reconnaître qu’ils se sont radicalement plantés. Et surtout pour le plus bruyant d’entre eux, saisir enfin cette occasion de se taire, à tout le moins sur ce sujet. Si je devais parler comme Fidel Castro, je dirais en résumé que l’histoire nous a donné raison. C’est cela que j’appelle soulagement et fierté.

Accusé de complicité d’enrichissement illicite, votre client a toujours démenti n’être qu’un prête-nom des biens prêtés à Karim Wade. Main- tenant qu’il est en meilleure santé, pourra-t-il en apporter la preuve ?
Il convient d’abord de se souvenir que dans la rigueur du principe, ce n’est pas à mon client qu’il incombe de prouver qu’il n’est pas un prête-nom, mais à l’accusation de prouver qu’il est un prête-nom. Au-delà de ce principe, je vais emprunter à la sagesse populaire wolof un adage qui permet d’illustrer mon état d’esprit. Les Wolof disent : «Maggum wakhonnako moguene maggum khamonako». Traduction libre : «Il faut préférer un sage qui proclame, je vous l’avais dit à un sage qui proclame : je le savais.» Hé bien, en Droit, dans certaines matières, on préfère le sage qui dit : «Je vous l’avais écrit, à celui qui dit, je vous l’avais dit.» Souvenez-vous que les Latins nous ont appris que «Verba volant scripta manent», ou «Les paroles s’envolent, les écrits restent». Je m’en voudrais d’aller plus loin, car je tiens à ne pas multiplier les entorses à la règle énoncée haut. Mais sachez que ce procès est tout entier bâti autour de la dialectique entre la parole et l’écrit. Pour être plus précis, entre la parole et l’écrit authentique. Pour le surplus, souffrez que Bibo Bourgi réserve ses réponses à la Crei et que moimême je ménage ma monture, car selon les prévisions les plus optimistes, ce procès durera encore quelques mois.

Maintenant que votre client Bibo Bourgi comparaît libre et en bonne santé devant la Crei, qu’est-ce que cela vous inspire par rapport à ses coaccusés, notamment ceux qui sont encore dans les liens de la détention ?
J’ai une pensée, une très forte pensée pour tous les autres prévenus, à commencer bien entendu par ceux que je défends aux côtés de mes confrères. Pape Mamadou Pouye, dont nous avons demandé la liberté provisoire ce matin, la Cour ayant mis en délibéré ce point pour le 29 décembre. Karim Wade lui-même, dont les avocats ont pris la parole ce matin (hier. Ndlr) pour le même objet. J’espère vivement qu’ils passeront tous les deux la Saint Sylvestre dans leurs familles. M. Pierre Agboba qui est volontairement arrivé au Sénégal en décembre 2012, et qui n’arrive toujours pas à sortir du guêpier de la Crei, qui après six mois de détention, traîne encore son âme à Dakar. Dakar qui est pour lui une grande cage, mais surtout un crève-cœur, car il a perdu deux membres de sa famille, une sœur et un frère, sans pouvoir assister à leurs funérailles. J’espère pour lui que la requête que nous avons adressée à cet égard à la Crei sera favorablement accueillie. Je pense aussi à M. Mbaye Ndiaye qui est malade, et qui vient d’obtenir l’autorisation de se soigner. Je pense enfin à M. Alioune Samba Diassé, dont l’état de santé appelle aussi des soins. Je prie le Bon Dieu de leur accorder à tous les moyens physiques et intellectuels de se défendre jusqu’au bout de ce qui me paraît une épreuve dont nous pouvons tous à la fois sortir la tête haute, et nous remettre définitivement.

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