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Enquête Plus N° 1007 du 23/10/2014

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Vingt ans de gouvernance à la tête du Sénégal: Abdou Diouf, entre ombres et lumières
Publié le vendredi 24 octobre 2014   |  Enquête Plus


Abdou
© Autre presse
Abdou Diouf va quitter la tête de l`Organisation Internationale de la Francophonie
Abdou Diouf va quitter la tête de l`Organisation Internationale de la Francophonie à l`issue du 15e sommet qui va se tenir à Dakar, les 29 et 30 Novembre 2014


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A la tête du Sénégal pendant 20 ans, l’ancien président Abdou Diouf a vécu les plus grandes difficultés qu’il ait été donné à un chef de l’Etat sénégalais d’affronter. Entre les graves contradictions internes au Parti socialiste que Senghor venait de lui offrir, l’instauration du multipartisme intégral, la libéralisation des ondes, les crises avec la Gambie et la Mauritanie, l’ajustement structurel, la dévaluation du franc Cfa, etc., Diouf aura marqué son époque. A quelques encablures de la fin de son dernier mandat à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie, EnQuête revient sur une gouvernance pas si banale que cela.

Aimé ou détesté, Abdou Diouf a de la chance : on lui reconnaît un certain statut d’«homme d’Etat». A 79 ans, l’ancien président de la République du Sénégal, éternellement placide, est sans doute un quidam comblé. Après plusieurs années passées à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), il s’apprête à passer le témoin, heureux d’avoir fait trois mandats successifs. Fort d’une riche carrière administrative et politique, ce natif de la région de Louga aura posé ses empreintes dans l’histoire du Sénégal indépendant. Mais son bilan est globalement jugé «mitigé». Loin d’être un long fleuve tranquille, son règne aura cumulé les bons et les mauvais points.

Multipartisme intégral

Arrivé au pouvoir le 1er janvier 1981 à la faveur de l’article 35 – qui faisait de lui Premier ministre le dauphin constitutionnel du président Senghor - Diouf a grandement contribué à l’ouverture démocratique au Sénégal. De quatre courants idéologiques tolérés par son mentor et prédécesseur, le pays passera, avec lui, au régime du multipartisme intégral, rappelle Abdoulaye Ndiaga Sylla, journaliste, et formateur à l’ISSIC. A ce propos, il retient encore cette fameuse phrase imagée lâchée à l’époque par Diouf. ’’Jakka jaa ngook, ku meuna nodd nodal’’ (L’arène politique est ouverte ; quiconque veut créer un parti est libre de le faire).

Et plus ou moins concomitamment, il a eu le courage de siffler «la fin du centralisme démocratique», explique Cheikh Sèye, secrétaire permanent du Ps et contemporain du deuxième président sénégalais. Mais Abdoulaye Ndiaga Sylla déplore les ‘’effets pervers’’ de cette ouverture démocratique. Celle-ci s’est traduite en effet par une floraison de partis politiques. «Aujourd’hui, constate-t-il, n’importe qui peut créer un parti politique. Cela n’aide pas à la visibilité du jeu démocratique et favorise plutôt la transhumance.»

Des avancées, le Sénégal en a connues au plan social. Selon Abdoulaye Ndiaga Sylla, Diouf a favorisé la naissance des syndicats (CNTS, Synpics, entrée en vigueur de la convention collective des journalistes). Et surtout, il a mis fin au «monopole de l’information» par l’Etat central à travers ses organes de presse. Ainsi, à partir des années 90, «Sud Fm» du Groupe Sud Communications devient la première radio privée à émettre au Sénégal.

Guerre interne fratricide

En dépit de ces acquis, le magistère d’Abdou Diouf sera parsemé d’embûches. Ses principaux déboires découleront de sa gestion du PS dont les prémices étaient perceptibles dès sa prise pouvoir, selon une source digne de foi. ‘’La première chose qu’il a faite à son arrivée, c’est d’écarter les barons du parti comme Amadou Cissé Dia, Maguette Lo, Karim Gaye. Il les soupçonnait d’être des pro-Senghor’’, indique notre interlocuteur. C’est que Diouf avait un objectif primordial, qui était de placer des hommes de confiance dans l’appareil du Ps. Ndiaga Sylla confirme mais avec un bémol : «il a ouvert le parti aux autres. C’est ainsi que des jeunes, comme le très brillant Babacar Sine, sont arrivés. Cela a permis au Ps de survivre à Senghor ‘’.

Cependant, à force de vouloir faire main basse sur le parti par l’entremise de ses fidèles, Abdou Diouf finit par braquer certains barons socialistes. C’est le cas de Moustapha Niasse et de Djibo Ka qui, s’opposant à sa volonté de confier les rênes du parti à Ousmane Tanor Dieng, seront exclus du PS. Ce que regrette Doudou Issa Niasse, responsable socialiste à Dakar. ‘’Diouf a commis l’erreur de les avoir évincés du parti pour des raisons de personne. Il voulait se retirer de la tête du parti et être dans une position d’arbitre. Mais il n’avait pas prévu cette disposition dans les textes du parti’’, explique le député-maire socialiste.

Cette thèse est contestée par son camarade Cheikh Sèye pour qui, ‘’cette crise interne’’ au PS s’expliquait par le ‘’bouillonnement politique’’ et ‘’la lutte de positionnement’’ qui prévalaient à l’époque. «Diouf ne pouvait pas étouffer les ambitions’’ des uns et des autres, dit-il. Soit ! Mais Doudou Issa Niasse demeure convaincu que Diouf était moins un homme politique qu’un commis de l’administration. A preuve, ‘’il avait mis de côté le parti pour se concentrer sur l’Etat. Il était d’accord sur tout ce que disait l’opposition à l’époque’’, se désole le maire de la commune de Biscuiterie.

Les remous politiques n’étaient pas seulement internes. Au plan national, le règne de l’ex-pensionnaire de l’Ecole nationale de la France d’Outre mer (ENFOM) n’aura pas été de tout repos. On se souvient encore des événements violents du 16 février 1993 qui ont conduit à la mort de huit personnes dont six policiers. Cela faisait suite à une manifestation organisée par les partis de l’opposition alors regroupés autour de la coordination des forces démocratiques (CFD) conduite par Me Wade.

Assassinat du juge Sèye

Et alors qu’on n’a pas fini d’épiloguer sur les raisons de cette tuerie, les Sénégalais apprennent avec stupéfaction la mort du vice-président du Conseil constitutionnel, Me Babacar Sèye, une après-midi du 15 mai de la même année, juste après une élection présidentielle contestée. Ces événements douloureux relèvent dangereusement un thermomètre politique déjà assez inquiétant. Accusé d’être l’auteur du crime contre le juge, Me Abdoulaye Wade et plusieurs de ses partisans sont arrêtés, jugés mais relaxés au ‘’bénéfice du doute’’. Un témoin des événements ayant conservé l’anonymat avoue n’avoir pas été surpris par ce verdict. ‘’Wade n’avait rien à voir avec le meurtre.

Avant la mort de Me Sèye, le président Diouf avait signé un accord avec Wade ; lequel accord faisait de Wade, nommé vice-président, le dauphin (constitutionnel) de Diouf. Cet accord n’avait pas plu aux barons socialistes. On se demande qui avait alors intérêt à commettre ce forfait», dit notre interlocuteur.

Bien auparavant, Abdou Diouf a dû gérer deux crises graves avec deux voisins. En 1989, Diouf entre en conflit avec son homologue gambien, Daouda Diawara, victime d’un coup d’Etat manqué. Cet épisode a directement provoqué l’éclatement de la confédération de la Sénégambie créée en 1982. Quelques mois plus tard, c’étaient les pogroms avec la Mauritanie, avec des débordements inhabituels de violences de part et d’autre de la frontière entre les deux pays.

Ajustement structurel

Comme si le mauvais sort s’était installé dans le pays, Abdou Diouf se devait également de répondre aux attentes pressantes des Sénégalais et relatives à la demande sociale. Mais sur exigence des institutions de Bretton Woods (Fmi et Banque mondiale), le Sénégal devait se soumettre à une politique hardie d’ajustement structurel dont les conséquences seront durement ressenties par les populations. Cette politique d’austérité tous azimuts s’est traduite, selon l’économiste Abdoulaye Seck, par la privatisation de plusieurs entreprises publiques, entraînant des conséquences incalculables. Celles-ci sont : suppressions massives d’emplois, réduction du volume de financement des investissements, désengagement de l’Etat du secteur agricole, réduction des subventions au secteur de l’éducation, mise à mort de la caisse de péréquation au profit de l’économie de marché…

Ancien secrétaire général de banque et membre de la Cnts, Doudou Issa Niasse s’en souvient encore. «Ils (FMI et BM) nous ont imposé la fermeture de la Bnds alors que cette banque n’a jamais fauté. Au contraire, elle a payé la dette des paysans qui s’élevait à 150 milliards de francs Cfa. Si la banque a eu des difficultés, c’était donc de la responsabilité de l’Etat» qui avait ordonné le paiement de cette ardoise, rapporte le député socialiste.

Dévaluation

Même si «c’était le prix à payer», le Pr Abdoulaye Seck trouve «la période d’ajustement relativement longue» car «il aura fallu attendre quinze ans après (De 1980 à 1995) pour récolter les fruits de la croissance». Pour y parvenir, le Sénégal a dû mettre en œuvre une série de programmes que le Pr Moustapha Kassé, doyen honoraire de la Faculté des sciences économiques et de gestion (FASEG), a relevé dans son ouvrage intitulé «Le Sénégal en mutation». Il s’agit du programme de stabilisation à court terme (1979-80), «aux résultats relativement satisfaisants en ce qui concerne la dette et les finances’’ ; du plan de redressement économique et financier (PREF) dont «les résultats globalement peu satisfaisants se justifient partiellement par le durcissement de l’environnement économique et financier international entre 1981 et 1986».

Pour ne rien arranger à une situation sociale plus que morose, le franc Cfa subit une dévaluation en 1994. Mais pour le Pr. Kassé, cette décision était un mal nécessaire. «La vigueur des mesures prises ont permis (…) une reprise des activités, le taux de croissance du PIB passant de 2% en 1994 à plus de 4,5% depuis 1995 après le recul de -2,1% en 1993, (…) une maîtrise de l’inflation, une réduction du déficit budgétaire global (3,7%)», énumère l’économiste.

Plan Sakho-Loum

Avec une économie pas au meilleur de sa forme, Abdou Diouf n’avait apparemment pas le choix face aux bailleurs de fonds. Ses marges de manœuvre étant réduites, il met en place, en 1993, un plan d’urgence conduit par le duo Sakho-Loum (respectivement ministre de l’Economie et des Finances et ministre du Budget). L’objectif était de «restaurer les capacités financières de l’Etat, (…) chahutées assez vertement par ce que nous avions analysé comme étant les conséquences du consensus politique qui avait cours entre 1991 et 1993», rappelle Mamadou Lamine Loum, dans une interview accordée au Quotidien.

Face au «risque (…) de connaître une crise financière», le gouvernement du Sénégal a essayé, selon le dernier Premier ministre de Diouf, «de répartir la charge entre les différents compartiments du segment social et de leur faire porter le poids idoine, de manière à ce que l’ensemble soit non seulement efficace en rapportant les ressources prévues, mais soit également équitable».

En dépit de tout ce volontarisme du pouvoir, les conditions d’un échec étaient déjà là. Le mécontentement populaire s’ajoutant à l’usure du pouvoir (20 ans), Diouf et son régime n’ont pas pu résister à l’alternance démocratique de 2000. Toutefois, Abdoulaye Ndiaga Sylla pense que l’ex-futur patron de la Francophonie n’a pas démérité. Notamment pour avoir fait preuve de grandeur après sa défaite. «Dans un continent perturbé par des coups d’Etat fréquents, le fait d’appeler (son adversaire) Abdoulaye Wade (au téléphone) pour le féliciter, a été un bien pour Diouf’’, se réjouit notre confrère.

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