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Débat sur la « Liste de Touba », une occasion pour mettre nos lois en phase avec nos réalités socio-religieuses.
Publié le dimanche 25 mai 2014   |  Setal.net




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Quand Mr Mohamed SALL SAO, Expert international publie ce 12 mai dernier sur Sud un brulot aux relents que certains ont qualifié de clairement anti-mourides,

il affirme vers la fin de son texte « C’est le lieu de rappeler, pour éviter toute équivoque, que si la loi fondamentale individuelle de tout musulman est le Coran, si la loi fondamentale individuelle de l’auteur de ces lignes est bien le Coran, la loi fondamentale du Sénégal en tant qu’Etat est, quant à elle, la Constitution. ». Ce qui ressort de cet extrait et de tout le texte de Mr Sao est qu’il donne la primauté absolue de la constitution sur le Coran. C’est là TOUT le problème du débat actuel posé au Sénégal par la liste dite de Touba, qui ne respecte pas la parité. Le grand mérite de l’acte posé par le Khalif Cheikh Sidy Moukhtar Mbacke est qu’il permet de reposer la question des lois votées parfois en catimini au Sénégal, pays à plus de 95% de musulmans et que certaines de ces lois entrent en contradiction manifeste avec les autres lois qui régissent la vie de tous les jours de cette très grande majorité des populations.
Oui Mr Sao, il ya au Sénégal des gens comme vous qui se disent musulmans et qui font passer d’autres valeurs avant celles islamiques. Le parti politique avant l’Islam, l’idéologie (libéralisme, socialisme…) avant l’Islam, le genre, les valeurs maçonniques, les valeurs homosexuelles, la constitution et sa nature laïque etc…avant leur religion.
Oui, il ya au Sénégal des milieux intellectuels dont les valeurs, les références, la mentalité, je dirais même le subconscient restent aliénés par l’occident et plus particulièrement la France. Ils ont ainsi une compréhension de la laïcité totalement en phase avec celle de la France. Pour eux notre constitution devient le nouveau dogme, qu’on fait faire passer avant toute chose, y compris avant le Coran. Pour eux le Sénégal est laïque et cela veut dire que la religion est tout simplement une affaire privée et individuelle et tant pis si la très grande majorité des populations vivent elles, selon les valeurs de leur religion et de leur culture.
Malgré la « démocratie » portée en bandoulière par cette minorité dite « intellectuelle », leur dire que nos lois devraient refléter les valeurs, les croyances et les vues de la majorité, n’est ce pas là la vraie démocratie ? Ils rétorqueront toujours que c’est à eux « intellectuels » qui ont la mission d’éclairer la voie, la majorité n’a qu’à suivre même si elle doit y laisser malgré elle ses valeurs religieuses et culturelles.
Oui on nous dira que la constitution a été votée par la majorité de la population et que la loi sur la parité a été adoptée par la représentation nationale. Oui on en convient, mais il faut tout de suite mettre un bémol, car telle que la constitution a été votée, c'est-à-dire un « package » dans lequel on fourre tout n’est pas pour clarifier le débat. De même, nous le savons, il arrive que l’assemblée nationale vote des lois qui sont parfaitement légales constitutionnellement mais très loin d’être légitimes. Le 23 juin 2011 est frais dans nos mémoires.
Qu’il nous soit permis de dire qu’au Sénégal la très grande majorité des populations vit dans leurs réalités socioculturelles et religieuses qu’aucune constitution ou loi ne pourrait remettre en cause. Dans ces conditions est il raisonnable de dépenser l’argent du contribuable pour voter des lois en porte à faut contre les valeurs que vivent les sénégalais ?
Pour toute loi qui risquerait d’entrer en contradiction avec les lois islamiques, ne doit-on pas la soumettre individuellement par référendum à l’approbation des populations ?
Ces questions ouvrent le débat sur des perspectives de revisiter et de remise en cause de toutes ces lois qui entrent dans cette catégorie de lois liberticides par rapport à l’Islam: le Code de la famille, la laïcité, la peine de mort, la parité… Et il est grand temps que la majorité musulmane du Sénégal conditionne son soutien électoral aux candidats qui accepteraient de prendre en charge ces préoccupations.
Dans ce débat sur la liste dite de Touba, je ne vais pas trop m’étendre sur les considérations aux relents d’un anti-Mouridisme quasi primaire.
Du genre pourquoi accorder à Touba un statut spécial ? Mr Sall Sao : « Quid alors des autres localités fondées par d’autres guides religieux: Tivaouane, Médina-Niassène, Médina-Gounass, des lieux de pèlerinage ?... De même, si le Ndiassane, Yoff-Layène et, pourquoi pas, Poponguine ». Rengaine des « intellectuels » tirée de la vieille stratégie coloniale du diviser pour mieux régner. Revoir les rapports de Paul Marty où il dit clairement que la stratégie de la France coloniale face aux musulmans du Sénégal est d’aiguiser la rivalité des communautés islamique afin de mieux les diriger.
Mr Sao, faisant fi de la démocratie participative, très en vogue dans le monde actuel et de la nécessité pour les populations de dire ce qu’ils pensent de toute réforme qui les concerne, semble même vouloir dénié ce droit citoyen à certains qu’il nomme « des talibés Mbacké-Mbacké qui ont annoncé ne pas du tout apprécier le découpage en vue de Touba, dans le cadre de l’Acte III de la décentralisation, avec le rattachement à des Ndame de trois communes, Touba Fall, Dalla Ngabou et Missirah ». Mr Sao semble assurément vivre dans le passé comme ancien du BOM. Passé pendant lequel les réformes étaient pensées et élaborées dans des bureaux climatisés par des administratifs et appliquées sur le terrain à des populations qui n’ont aucun mot à y dire. Cette manière de penser par certains de l’administration nous a certainement amené là où nous sommes, sous développés, pauvres et sans grande perspective après plus de 50 ans d’indépendance.
Ce débat, ainsi que d’autres des ces derniers temps sur l’homosexualité etc.… pose aussi la question des milieux laïcistes, souvent maçonniques, allergiques à tout ce qui est religieux, et veulent extirper de nos valeurs toute référence à l’Islam. Un journaliste réputé pourtant favorable au Président Macky Sall, lui reprochait récemment dans un article le fait qu’il ait promulgué la loi qui fait du Magal de Touba un jour férié. Il s’offusquait aussi du programme de modernisation des villes dites religieuses en affirmant que « des villes plus méritantes démographiquement et économiquement seront laissées en rade ».
Touba, deuxième ville du Sénégal sur le plan démographique, disposant d’infrastructures d’accueil construites par les talibés mourides, occupant une très grande place dans l’économie du pays, accueillant chaque année plus de trois millions de talibés et de visiteurs à l’occasion du Grand Magal, mériterait-t-elle moins que Thiès ou Fatick d’être modernisée ? Touba qui, lors du conseil des Ministres décentralisé a hébergé la délégation gouvernementale à la place de la capital régionale Diourbel car disposant, contrairement à celle ci de sites construits par les fidèles mourides eux même. Faisant ainsi des économies sur les ressources des contribuables sénégalais. Il est clair qu’un investissement à Tivaouane a plus de chance de bénéficier au plus grand nombre de sénégalais de tous bord que celui fait à Thies, ne serait qu’à cause du Gamou et autres événements religieux dans cette ville. C’est le cas de presque toutes les cités religieuses. De ce point de vu et sur un plan purement citoyen, ces investissements ne sont nullement une faveur à ces cités au détriment d’autres villes du pays. Et puis dans ce pays, qui nous appartient à tous ne devrions nous pas nous réjouir de tout ce que l’Etat fait dans n’importe quelle contrée du Sénégal comme d’un bien qui appartient à tous les citoyens du pays ?
D’autres analystes diront qu’accorder un statut spécial à Touba voudra dire ouvrir la boîte à pandore. Pour par exemple, le Dr en Droit à l’UCAD, Nfally Camara : «Une commune ou une Communauté rurale à statut spécial peut à un moment ou à un autre se démarquer de l’Etat. Demain, elle peut même demander son indépendance et c’est la République qui va en pâtir ». Là également, malgré tout le respect dû à un professeur d’université, s’est faire une analyse en toute méconnaissance des réalités sociales de notre pays et de son histoire. Sans la résistance culturelle et pacifique du fondateur de Touba face à l’aliénation coloniale on ne parlerait sans doute pas aujourd’hui de Sénégal en tant Nation, Culture, Civilisation, mais de « France Bis ». Le Sénégal existe aujourd’hui parce que Touba ainsi que d’autres cités ont su préserver nos valeurs socioculturelles. Aller partout au Sénégal et vous y verrez des Touba. De même si le Sénégal est connu dans le Monde il le doit certainement aux nombreux Touba de la Diaspora. C’est donc insensé de spéculer sur un possible prise d’indépendance par Touba. Sur cette question je renvoie à l’excellent article publié par Abdou Aziz Mbacke Majalis « TOUBA ET LA CASAMANCE » : http://www.seneweb.com/news/Opinion/touba-et-la-casamance-par-a-aziz-mbacke-_n_125894.html .
Je ne reviendrais pas aussi sur la question purement technique et qui doit être gérée avec tout juste pragmatisme et non pas avec passion ou anti-Mouridisme, de faire de Touba une ville à statut spécial. Je renvoie au Communiqué de Presse de la Commission Technique sur le Statut Spécial de Touba publié le 13/05/2014 : http://www.leral.net/Communique-de-la-Commission-technique-sur-le-Statut-special-de-Touba_a113351.html .

Je voudrais terminer mon texte sur la question particulière du genre en reprenant cette phrase du chercheur Serigne Same Bousso : « Le fait qu'aucune femme n'est investie dans cette liste n'est pas imputable à des considérations de genre et ne signifie pas du tout que les femmes ne peuvent pas ou ne doivent pas participer à la gestion des affaires de la cité. Donc vouloir déduire de ce cas que Touba ne reconnaît pas à le femme sa place dans la chose publique est aller trop vite en besogne! La preuve en est que l'une des épouses du Khalif est investie dans une liste avec sa bénédiction. L'histoire de la mouridyya est pleine d'exemples qui prouvent l'importance du rôle de la femme dans la communauté mouride. On a vu des sokhna occuper de hautes fonctions de guide religieux. L'exemple de Sokhna Mai n'est pas loin de nous. Actuellement dans les dahira et les mutuelles les femmes sont plus actives que les hommes. »
Cette citation de Serigne Same Bousso résume bien l’erreur et l’amalgame à ne pas commettre dans ce débat sur la liste de Touba.
Touba est une ville fondée sur les valeurs et les pratiques islamiques, la position de principe de tous les Khalifs a toujours été de défendre les principes islamiques dans cette ville. La position de l’Islam sur les questions genre, se pose en termes de droits et devoirs pour chacun, et non en termes de parité.
Accepter aujourd’hui la parité à Touba, c’est ouvrir la porte à l’acceptation à Touba de l’égalité entre les deux genres sur le plan de l’héritage par exemple. C’est cette position de principe islamique que défend le Cheikh Sidy Moukhtar, non pas l’exclusion totale de la femme des sphères de décisions qui concernent leur vie et la vie de leur famille. Dans le même ordre d’idées, on pourrait envisager dans les statuts particuliers de gestion de Touba, la mise en place d’un conseil composé d’hommes et d’un autre composé de femmes sous l’autorité du Khalif.

Il est vrai que comme toutes les communautés du Monde, le Mouridisme devra toujours travailler encore et mieux à l’amélioration des conditions de toutes les populations en général et des femmes en particulier, par le renforcement de leur éducation religieuse et de leur formation dans tous les domaines. C’est ainsi qu’elles pourraient progressivement mieux assumer leur rôle dans la société sénégalaise. C’est l’objet d’un article que j’avais moi-même publié en 2011 et dans lequel on pouvait lire :
« Aujourd’hui tout le monde a son rôle à jouer dans l’émergence d’un leadership féminin islamique ; notamment par l’éducation islamique poussée des jeunes filles. Il y va de la préservation dans notre société des valeurs musulmanes qu’incarnait Mame Diarra Bousso.».

Cheikh Fatma MBACKE,
Ingénieur Informaticien, chercheur mouride

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