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Puits sec dans le bloc de Rufisque d’un coût de 50 milliards: Où est passé le pétrole donné par Macky Sall à Total ? (Par Mbaye Sarr DIAKHATE, journaliste-spécialiste)
Publié le vendredi 27 septembre 2019  |  Autre presse
Concertation
© Présidence par DR
Concertation nationale sur la gestion des ressources issues de l`exploitation du pétrole et du gaz
Diamniadio, le 13 juin 2018 - La Concertation nationale sur la gestion des ressources issues de l`exploitation du pétrole et du gaz s`est tenue au Centre international des conférences de Diamniadio. La rencontre a enregistré la participation de tous les segments de la société sénégalaise.
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Ce mercredi 25 aout 2019, le journal le Témoin a annoncé la nouvelle : la compagnie française Total E&P (Exploration-Production) a fait chou blanc dans le bloc de Rufisque offshore profond (Rop). Un puits sec dans le jargon de la recherche-exploration d’hydrocarbure signifie que la compagnie opérateur du programme n’a rien découvert. Malgré l’acquisition de données, leur traitement, leur interprétation et la sismique, le forage n’a rien donné. Ce programme de recherche peut coûter pas moins de 50 milliards de francs Cfa d’investissement, en eaux profondes. Et lorsqu’il est couronné par un échec, il n’encourage pas toujours ses promoteurs.

Depuis 2014, avec la première découverte de pétrole, à Sangomar, ce puits sec de Total E&P est le deuxième enregistré au Sénégal et le quatrième dans le bassin Msgbc (Mauritanie, Sénégal, Gambie, Guinée Bissau et Guinée Conakry). En effet il y a eu d’abord un premier puits sec en Mauritanie, suivi d’un autre au Sénégal avec Requin-Tigre et en Gambie. Malgré les découvertes significatives faites ça et là au Sénégal ou chez nos voisins, il faut reconnaitre que rien n’est acquis à 100%.
Aujourd’hui, cet échec de Total E&P nous plonge au cœur de la réalité de la recherche-exploration pétrolière, face aux considérations d’ordre émotionnel voir politique qui lui sont opposées depuis l’annonce des premières découvertes significatives au Sénégal.

Des études préliminaires gratuites sur 63 000 km² en mer ultra-profonde

Cette annonce est donc doublement intéressante dans le débat général en cours sur la gestion transparente de nos ressources pétrogazières. Ce résultat négatif résultant de l’exécution complète des engagements contractuels de travaux : la réalisation d’une sismique 3D et d’un forage d’exploration dans la période initiale, a le mérite de démontrer que le Gouvernement du Sénégal n’a jamais bradé son pétrole au profit d’une quelconque compagnie ; fut-elle Total E&P, la compagnie de l’ancienne puissance coloniale la France.
L’annonce de ce puits sec a aussi le mérite de démontrer que toutes les compagnies pétrolières qui viennent opérer dans notre bassin sédimentaire, prennent encore de gros risques en signant un contrat de recherche et de partage de production. Le résultat négatif des opérations de recherche a couté à Total E&P la rondelette somme de 50 milliards de francs Cfa, compte non tenu des autres investissements consentis durant les travaux d’études préliminaires sur la nouvelle zone de l’Ultra Deep (le très profond). En effet lors de la signature des contrats de recherche en mai 2017, le major français s’était engagé à offrir au Sénégal la possibilité d’ouvrir son Ultra Deep, cette partie du bassin restée jusqu’ici non explorée et même absente dans la carte cadastrale des blocs. Ainsi, le second contrat de recherche et de partage de production (Crpp) était conditionné à la réalisation des études préliminaires sur une superficie de 63000 km², en deux tenants, dans les eaux sénégalaises entre la frontière Nord avec la Mauritanie et Sud avec la Guinée Bissau, excluant la partie gambienne. C’est seulement à la suite de la réalisation de ces études, au bout d’un délai d’un an, que Total E&P devait choisir l’emplacement de son second bloc sur un tenant de 10000 km² et restituer les 53000 km² avec à la clé les données collectées. C’est l’ensemble des couts de ces opérations (sismiques, forage études préliminaires et autres dépenses sociales) qui a été évalué à 75 milliards de francs Cfa injectés par Total E&P depuis la signature des Crpp en 2017.
Une première question s’impose : qu’est-ce que le Sénégal a perdu dans la signature des Crpp pour les blocs de Rufisque offshore profond et de la partie Ultra Deep ? La réponse coule de source, notre pays n’a rien perdu au change, absolument rien. La deuxième question : qu’est-ce qu’on y gagne ? Le Sénégal gagne sur toute la ligne. Le Sénégal a d’abord bénéficié des fonds sociaux d’appui à la formation pour l’Inpg, les loyers superficiaires, les emplois, la location d’immeubles, entre autres.

Enrichissement du patrimoine national de données géologiques
Mais le gain le plus important pour le Sénégal, porte sur la collecte de données géologiques de son bassin en eaux profondes et très profondes. Ce qui constitue un enrichissement considérable de son patrimoine. Car, le contrat stipule que toutes les données collectées au cours des opérations seront remises à Petrosen. Ces données seront vendues à d’autres compagnies qui voudraient faire de la recherche exploration. Ces informations collectées gratuitement en faveur du Sénégal et stockées dans la Banque de données confiée à Petrosen, constituent un des éléments fondamentaux de la promotion de notre bassin sédimentaire, mais une source de revenue pour la société nationale sénégalaise.
Il faut noter que le cas de Total E&P n’est pas une nouveauté lorsqu’on sait depuis 1960, les compagnies pétrolières internationales ont investi dans la recherche au Sénégal pas moins de 5000 milliards avant la première découverte commerciale en 2014. Cette importante activité a permis à notre pays de faire la promotion de son bassin et d’attirer ainsi les compagnies de moyenne taille spécialistes de la recherche exploration.

Des excuses publiques de Thierno Alassane Sall
Rappelons que la signature du contrat avec Total E&P avait soulevé de vives contestations dont la tête de fil était l’ancien ministre de l’Energie, Thierno Alassane Sall. Ce dernier a dû quitter le gouvernement pour avoir refusé de signer ledit contrat, au motif évoqué par lui-même que cela ne cadrait pas avec les intérêts du pays. Aujourd’hui que le contrat dont la signature avait été rejetée par Thierno Alassane Sall a donné un résultat négatif, ce dernier ne devrait-il pas présenter des excuses publiques au Président Macky Sall qu’il avait accusé à tort d’avoir bradé nos ressources. Thierno Alassane Sall lui-même avait reconnu sur un plateau de télé avoir retiré le bloc de Rufisque offshore profond des mains de la compagnies African Petrolum (Apc). La raison de ce retrait, disait-il, c’est que ce bloc situé entre les zones de découverte du gaz à Cayar et de pétrole à Sangomar, pouvait être réservé au Sénégal pour une future exploitation nationale. L’ancien ministre était si convaincu que ce bloc recelait des hydrocarbures, qu’il a tenu, mordicus à le garder ou l’octroyer aux plus offrants selon ses propres termes contre la volonté du président de la République, Macky Sall, un spécialiste du pétrole. Mais le résultat est que ce bloc attribué à Total qui, après avoir fait l’objet d’attaques injustifiées, a investi beaucoup d’argent et connait aujourd’hui un échec. Ce même Thierno Alassane Sall est aujourd’hui interpelé pour présenter des excuses au peuple sénégalais mais aussi inviter ses partisans à se cotiser pour rembourser au nom de « l’honneur » à Total E&P l’argent qu’elle a investi dans ce projet. Thierno Alassane Sall qui prétendait que le président Macky Sall avait donné notre pétrole aux Français, doit nous dire aujourd’hui où est passé ce pétrole.
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