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Sabodala Gold Operation SGO (Kédougou): Complaintes autour d’une ‘‘vague de licenciements’’
Publié le lundi 1 avril 2019  |  Enquête Plus
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© aDakar.com par DF
Signature de convention entre l`Onfp et Sabodola Gold Operation
Dakar, le 18 mai 2016 - L`Office national de formation professionnelle et Sabodola Gold ont signé une convention de partenariat. C`était en présence du ministre de la formation professionnelle.
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A Sabodala, l’or ne brille pas pour tout le monde. Une série de licenciements y est en cours, depuis le début de cette année, ‘‘pour des motifs économiques’’, dénonce-t-on dans les coulisses de la plus grande exploitation aurifère du Sénégal.

A Sabodala Gold Operation (Sgo), filiale sénégalaise de la Teranga Gold Operation (Tgo) la situation est loin d’être dorée. Dans ce site d’exploitation aurifère perdu dans les confins de Kédougou, le personnel ne dort plus que d’un œil, désormais. Pour cause, une série de licenciements provoque nuits blanches et cheveux blancs, depuis que ‘‘67 personnes ont été remerciées sans autre forme de procès, rien que pour ce premier trimestre de 2019’’, a pu recueillir ‘’EnQuête’’ dans les couloirs de cette discrète compagnie. ‘‘La manière même dont ça se fait est révoltante. Certains l’ont su pendant leur temps de repos et on a empaqueté leurs affaires dans des sachets pour le leur faire parvenir’’, dénonce-t-on du côté du personnel.

Bien sûr, l’anonymat est requis d’office, par peur de représailles, mais dans cette entreprise, les travailleurs n’en démordent pas. ‘‘Depuis deux ans, des coupes sont régulièrement effectuées dans le personnel, sans aucune raison claire qui explique cette politique. Pour les derniers licenciés, ils ont parlé de motifs économiques’’, dénonce-t-on. Des limogeages qui touchent les agents de sécurité, d’autres qui étaient affectés au camp, deux cadres (coordination de la communication et un senior supervisor). Et d’après les échos qui leur parviennent des couloirs, la compagnie ne serait pas prête d’arrêter cette série de remerciements.

L’un des business partner, l’entreprise Biya Camions, sous-traitant engins-routes, se serait également vu signifier l’arrêt de la collaboration avec Sgo. Par ailleurs, les travailleurs sont dans la conviction que les nouveaux gisements de la compagnie aurifère découverts au Burkina Faso (Wahgnion) ainsi que les 1 200 kilomètres carrés de la mine d’Afema, dans le sud-est ivoirien, expliquent ce désintérêt de plus en plus grandissant pour Sabodala et la série subséquente de délestages d’une partie du personnel local auquel se livre Sgo. ‘‘On est dans un état de stress permanent, car on est sûr de débuter la journée à 8 h, mais on n’est pas certain de la terminer. Tout le monde est sur les nerfs. Les travailleurs ne méritent pas cela, après toutes ces années qu’ils ont passé à travailler ici, les dimanches inclus’’, se plaint-on.

Le projet minier de Niakhafiri, les expatriés pointés du doigt

Les explications fournies aux travailleurs par le directeur des opérations David Schmitz, prennent prétexte sur une procédure de licenciements économiques collectifs pour une réorganisation intérieure. Lors d’une réunion récente, il a pourtant salué les productions record de 2018. Il a néanmoins expliqué que les coûts de production ont été trop élevés et beaucoup de dépenses d’investissement consenties pour permettre d’augmenter la durée de vie de la mine. Pour justifier la tension de trésorerie, M. Schmitz avance qu’un autre projet minier, Niakhafiri, a nécessité une rallonge 10 millions de dollars, en plus des 15 millions initiaux. La compagnie est l’une des plus grandes contributrices aux revenus du secteur minier sénégalais. Des 126,7 milliards de revenus générés en 2017, Sabodala Gold Operation (Sgo) est le premier contributeur aux recettes, sur les 18 entreprises publiques et privées inscrites dans le cadastre minier, avec un paiement de plus de 28 milliards (du fait de l’expiration de son exonération depuis 2015).

D’ailleurs, Sgo a du mal à trouver de la concurrence dans ce domaine, occupant systématiquement la première place des rapports précédents de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie). L’entreprise se glorifie d’être ‘‘le sixième employeur du pays et premier employeur de la région de Kédougou dont la contribution correspond à environ 1 % du produit intérieur brut (Pib) sénégalais. D’après une partie du schéma des effectifs consultée par ‘’EnQuête’’, Sgo compte 61 cadres non sénégalais, 462 recrues des villages environnants, 162 personnes recrutées originaires de Kédougou, 65 de Tambacounda et 502 sont du reste du Sénégal.

Du côté du personnel, l’on ne comprend pas que, dans le même temps, on licencie à tour de bras de pauvres personnes, ‘‘des expatriés principalement australiens, sud-africains, canadiens sont amenés et grassement payés’’, dénonce-t-on. Ce personnel expatrié constitue un frein sur le plan de succession par les locaux annoncé depuis et qui n’est pas effectif. ‘’Ils sortent l’or comme ce n’est pas permis et se permettent de congédier les gens comme ils veulent’’, affirme-t-on.

Terrain d’entente

En février dernier, une partie du personnel était en train de vouloir trouver une issue à l’amiable, devant la situation inéluctable de licenciements, dans le cadre de la négociation annuelle obligatoire sur les salaires et les conditions de travail. Des doléances regroupées en six points concernant la priorité d’embauche pour rester fidèle à la lettre de l’article L.61 de la loi 97-17 portant Code du travail. Les travailleurs avaient insisté sur le fait que les collègues licenciés doivent demeurer prioritaires, en cas de réembauche au même poste, l’instauration d’une prime de 13e mois ; réorganisation des congés annuels ; une prime de feu continu ; une prime de risque ; une prime de pénibilité ; une assurance vie et d’invalidité pour l’employé et sa famille.

Une partie du personnel était dans l’idée que, pour tenter d’éviter un licenciement massif pour motif économique, l’employeur devait réunir les délégués du personnel et rechercher avec eux toutes les autres possibilités comme la réduction des heures de travail, le travail par roulement, le chômage partiel, la formation ou le redéploiement du personnel. Malgré les nombreuses réunions avec le site operation manager (Som) et les ressources humaines, les travailleurs de Sgo se sont dit surpris qu’on leur ait plutôt mis devant le fait accompli, avec une première vague de remerciements. Le dernier est daté de ce mois de février avec le procès-verbal n°002, qui a réparti 26 postes à sauver et 44 à licencier, qui leur a alors été présenté, contre toute attente.

PRECISIONS DU DG ABDOUL AZIZ SY

‘’On s’est séparé de 56 collaborateurs - et non 67’’

Saisi par nos soins pour réagir à la vague de licenciements au sein de Sabodala Gold Opérations, le directeur général Abdoul Aziz Sy a apporté des éléments de réponse. Dans le document électronique qu’il nous a fait parvenir, il insiste d’abord sur le contexte.

‘’Bien que Sabodala Gold Operations ait fait une production record en 2018, écrit-il, les coûts de production assumés par la compagnie continuent d’exploser. Les teneurs en or déclinent d’année en année, impactant notre rythme de production dans le futur. La nature de nos opérations évolue avec notamment l’exploitation de gisements multiples et complexes à teneur moins élevée’’. ‘’Ceci, poursuit-il, nous amène à réévaluer nos effectifs pour les adapter aux exigences actuelles et futures de nos opérations dans de telles circonstances’’.

Ainsi, Abdoul Aziz Sy souligne qu’ils ont dû ‘’se séparer de 56 collaborateurs - et non 67’’. Car, selon ses dires, 11 employés ont pu être redéployés en interne. Le Dg explique que la décision a été prise ‘’dans le but de garantir la pérennité et la rentabilité de la mine de Sabodala qui demeure (leur) première priorité et préserver la majorité des emplois et après avoir sérieusement considéré toutes les options alternatives, dans le strict respect des procédures légales et réglementaires du Code du travail et du droit des salariés concernés’’.

Mais, aussi, dans un contexte où ‘’l’épuisement et la fin de l’exploitation du gisement à forte teneur de Gora en 2018 et l’inflation du budget de recasement des villages de Sabodala et Médina Sabodala, de même que la survenue inattendue de lourdes charges fiscales extraordinaires ont négativement impacté (leur) budget 2019’’.

Soulignant que ‘’les prestations des salariés partants n’étaient plus absolument indispensables à la poursuite optimale des opérations dans la conjoncture actuelle’’, Abdoul Aziz Sy tient à rassurer les travailleurs. Il affirme qu’à ‘’l’heure actuelle, il n’y a aucun autre projet de licenciement prévu’’. ‘’Nous avons même déployé certains de nos cadres sénégalais dans nos autres projets dans la sous-région et les mesures déjà prises visent plutôt à consolider les emplois de nos 1 245 salariés dont 95 % de Sénégalais que Sgo emploie directement ou à travers des sociétés d’intérim’’, tient-il à rassurer.
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